Daisybox - Interview du 25 mai 2008

/ Interview - écrit par wqw..., le 28/05/2008

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Alors que le groupe est passé par des moments très difficiles, Daisybox revient avec son album le plus percutant. L’occasion de revenir avec son chanteur sur tous ces évènements.

Alors que le groupe est passé par des moments très difficiles et qu’on a presque cru à leur fin, Daisybox revient avec son album le plus percutant. L’occasion de revenir avec Olivier Nicolas, son chanteur sur tous ces évènements.

L’après Diagnostic n’a pas été très évident pour vous. Celui-ci n’a pas très bien marché et vous avez eu aussi pas mal de problème avec votre maison de disque de l’époque. Peux-tu revenir un peu là-dessus ?
Olivier (chant/guitare)
Olivier (chant/guitare)
C’est difficile d’avoir suffisamment de recul pour expliquer cette période-là. Je pense que notre principale erreur a été de choisir Les mains dans les poches comme premier single. Nous aimions vraiment cette chanson, mais elle n’était pas très représentative de ce qu’était le groupe à ce moment-là. Ça a dérouté pas mal de monde. Il y a des titres comme Solide, Métal Hostile ou Un jour trop lisse qui auraient mérité qu’on se batte plus longtemps pour cet album. Mais les relations entre le label (Lez’art Music) et la maison de disques (Barclay) étaient de plus en plus tendues et quelques semaines à peine après la sortie du disque, plus personne n’y croyait. Les majors fonctionnent malheureusement comme ça : elles mettent le paquet en amont, mais si les premiers chiffres de vente sont mauvais, elles laissent complètement tomber.

Le départ de Léo n’a sans doute pas arrangé les choses ?
C’est lié. Quand vous consacrez deux années entières à la création d’un disque et qu’on vous donne l’impression que ça n’a servi à rien, vous remettez tout en question. Je comprends que Léo ait eu envie de partir. Pendant un très court instant, nous aussi nous sommes posés la question.

Comment trouve-t-on alors la force de continuer ? Composer la suite a été quelque chose de douloureux ? Vous êtes repartis de zéro ou vous aviez déjà ces chansons ?
Anne-Lyse (basse/chant)
Anne-Lyse (basse/chant)
Nous n’avions rien ! Nous nous sommes juste dit que ce serait dommage de ne pas essayer. Après tout, nous n’étions déjà que tous les trois pour composer les premières chansons du groupe en 94. Nous nous sommes donc mis au boulot, pour voir ce que ça donnerait. Au début ça n’a pas été évident de retrouver nos marques, nous avons mis du temps à choisir le "fil conducteur". Et puis j’ai proposé aux autres une ébauche de Dentelle et de Polyester.  Ça a été le déclic. Anne-Lise et Sam ont apporté tous les bouts de chansons qui traînaient dans leur tête et qui pouvaient coller à cet univers. Nous avons passé des heures à nous envoyer des idées par mail, à tenter de les mélanger les unes aux autres avant d’aller en studio de répèt’ pour finaliser le tout. Je crois que c’est la première fois qu’un album de Daisybox est autant un travail de groupe.

Quel était votre volonté musicale ?
Contrairement à Organic qui est une sorte de compile de nos six premières années, et à Diagnostic qui a été pensé comme un "concept", Polyester est un disque presque spontané. Nous nous prenons beaucoup moins la tête qu’avant sur le pourquoi du comment. Une idée nous plaît, tant pis si elle fait trop ci ou trop ça ! Tout en essayant de garder le même état d’esprit et la même couleur sur l’ensemble de l’album, nous ne voulions pas nous sentir bridés en cherchant à tout prix à coller à des règles.  C’est peut-être pour ça que le mot qui revient le plus souvent au sujet de ce disque est "frais"… 

La rencontre avec Scott Greiner a été une chose importante ? Comment l’avez-vous connu ?
Sam (batterie)
Sam (batterie)
Ce type est un génie ! Je l’ai rencontré à l’époque de Diagnostic. Il débarquait de San Francisco où il était ingénieur du son et voulait s’installer à Paris. Nous sommes devenus amis avant de penser à travailler ensemble. Un jour, spontanément, il nous a proposés un remix de Maya Fou qui déchirait. De fil en aiguille, il a fait le son du groupe sur quelques festivals et a même remplacé Léo à la guitare pour les derniers concerts de la tournée. Bref, nous n’avons pas réfléchi longtemps avant de lui proposer de réaliser notre album. Aussi bien humainement qu’artistiquement, c’était le choix évident.

Comment s’est alors déroulé l’enregistrement de cet album ?
Par étape… Pour des raisons financières, mais aussi parce que nous voulions vraiment prendre le temps de penser chaque détail, nous avons enregistré en plusieurs fois et à plusieurs endroits très différents les uns des autres. Il y a eu un petit théâtre parisien, des studios d’enregistrements, des studios de répétition… Et même beaucoup chez nous ou chez Scott ! Le tout sur une période d’un an et demi.

Vous avez fait des choix particuliers en matière de son ?
Quelques-uns. Notamment pour les voix de Mythique Cowboy et du Dessert qui ont été enregistrées sur un répondeur de téléphone portable, ce qui à mon goût fonctionne beaucoup mieux qu’un effet numérique classique pour donner ce côté "mauvaise transmission"…

Quels sont les grands thèmes de Polyester ?
Sans hésiter, je dirai le temps qui passe, l’usure mais aussi le décalage qu’il crée parfois entre deux êtres humains qui à priori pourraient se ressembler. D’où le rapport à la mode et à la superficialité.


Polyester
, Dentelle, Satin, Résille. Serais-tu un peu fétichiste ?

Sans doute, même si je ne m’en étais jamais rendu compte… En tout cas, j’aime l’idée de la matière un peu "cheap" qu’on trouve un peu partout et un peu tout le temps en dépit des modes du moment. Je suis loin d’être un spécialiste mais je suis prêt à parier qu’on trouve autant de polyester dans un jean slim que dans un "pattes d’ef"… C’est un peu comme Daisybox, jamais vraiment branchouille et donc jamais complètement démodé.

Faut-il voir dans Toujours pas mort, une réaction à tous ces mauvais évènements qui vous sont arrivés ?
Bien sûr. Et pas seulement dans Toujours pas mort…

Pourrais-tu aussi nous parler du Dessert qui est un titre un peu délirant ?
Justement, dans cette chanson qui raconte d’un ton léger l’histoire d’un type qui s’est toujours fait avoir sans jamais oser rien dire, il y a une allusion quasi-évidente à ce qui nous est arrivé… C’est d’ailleurs le premier titre que nous avons mis sur le net, bien avant la sortie du disque, avec un petit clip d’animation "fait maison".

Vous avez déjà une tournée de prévue ? Vous ne serez que tous les trois sur scène ?
Un premier concert le 24 juin à Paris (La Boule Noire), et mis à part un festival cet été, nous commencerons la tournée à proprement parler à partir de septembre. Pour répondre à ta question, un certain Mathias F. nous tiendra compagnie sur scène. Au départ, Scott et lui devaient jouer en alternance, mais Scott sera normalement en studio à la rentrée…


Vos fans ont l’air assez exceptionnel. C’est une chance non ?

Nous leur devons tout, sans exagérer…

Le phénomène n’est d’ailleurs pas que français…
Oui, étrangement, beaucoup de non Francophones accrochent à notre musique, bien qu’ils ne comprennent pas le français. Quelque part, ça prouve que la langue dans la musique est un instrument comme les autres qui, s’il est bien utilisé, parle spontanément aux auditeurs. Comme lorsque nous, Français, nous écoutons les artistes anglais ou américains (qui nous ont pourtant tant influencés), sans même comprendre forcément tous leurs textes. Avec Daisybox, nous nous attachons surtout à faire "sonner" le français, tout comme l’anglais résonne depuis toujours dans l’histoire du rock et de la pop. Donc si tous ces fans à l’étranger aiment notre musique, c’est un pari réussi. Mais je m’éloigne de la question, c’était quoi déjà… ? (sourires)

Vous auriez une anecdote amusante à nous raconter à ce propos ?
Notre premier concert au Mexique a été une expérience surréaliste. C’était une boîte de nuit/salle de concert branchée de la capitale, et pourtant : toujours pas de sono sur scène une heure avant le début présumé du concert, balances en catastrophe dans le bruit ambiant de la boîte qui elle avait déjà ouvert, public bloqué à l’entrée pour d’obscures raisons, etc. On a donc joué deux morceaux énervés avant de se faire couper le son par l’organisation totalement dépassée. Mais quelques fans étaient quand même là et voir des personnes non francophones connaître par chœur les morceaux et les chanter avec nous est une drôle d’expérience. Le genre d’expérience qui permet d’oublier en tout cas les déconvenues survenues juste avant.

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