6/10Cynic - Carbon-based anatomy

/ Critique - écrit par Draly, le 01/02/2012
Notre verdict : 6/10 - Sévèrement carboné (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 6 réactions

Il est des groupes dont l'œuvre a suffisamment marqué la musique pour les propulser au rang de légende vivante. Cynic, groupe mythique parmi les mythiques est indéniablement l'un de ceux-là. Un petit historique s’impose donc :

1993, le groupe alors guidé par Paul Masvidal (ex-DEATH, capital sympathie non
Pépère
négligeable), sous le regard aussi impatient que sceptique, sort un premier album : Focus. Ce seul disque suffit à faire la réputation du groupe tant il a posé les bases de ce que sera le Death Progressif. Le combo nous y sert un Death metal intelligent et atypique (presque avant-gardiste) mélangeant atmosphères jazzy ainsi que percussions et claviers électroniques, le tout porté par une maîtrise technique impressionnante. Et puis… plus rien. Le groupe se sépare en 94 pour « divergences musicales »… laissant Focus sur son piédestal, d’autant plus magique qu’il n’eut aucun successeur.

Pourtant, alors que le groupe sombrait dans l’oubli, quinze ans plus tard sort une démo, puis un album Traced in air, plus progressif, plus calme, plus aérien et naturel (mais peut-être aussi moins percutant). La technique est toujours au rendez-vous mais les racines Death sont ramenées au second plan au profit d’une musique qui tient son originalité et son intérêt de la fusion des styles. Le groupe s’affiche sous un visage plus mature et entre mieux dans les cases.

Death metal assagi

Carbon-based anatomy est la suite logique à Traced in air. Cynic s’est assagi, le côté Death metal a totalement disparu. On se trouve en face d’un metal (et
Dans l'eau ?
encore, l’appellation metal ne fait référence qu’à la légère distorsion des guitares et éventuellement à l’ambiance et aux lyrics) atmosphérique lancinant non sans rappeler les 70s (Elves beam out renvoie clairement, par son ambiance, son approche, certes plus directe, et ses percus, au Stratosfear de Tangerine dream).

Le disque se compose d’une intro, une outro, une transition et 3 compos plus classiques. C’est court, Cynic nous y avait habitué (Traced in air ne durait que 35min), mais le format d’EP ne fait qu’accentuer ce détail, et c’est là qu’est le principal défaut de Carbon-based anatomy. Les compos ont beau être d’une infinie minutie, ils ont beau ne rien laisser au hasard (le travail sur les nuances est réellement bluffant), l’EP a un goût d’inachevé. Leur musique n’a pas le temps de se développer pleinement, la dimension atmosphérique requérant un rythme relativement lent et une certaine répétitivité.

Nature et découvertes

L’autre reproche que j’aurais à adresser au skeud tient aux transitions, jolies
Test de Rorschach
mais sans réelle saveur… Elles sont, elles pour le coup, beaucoup trop longues et bien moins inspirées que le reste des compos, au point que les influences tribales qui les parcourent semblent n’être présentes que pour respecter un quelconque « quota international » (c’est à la limite des CDs relaxation de chez « Nature et Découvertes »…). Et elles sont pourtant nécessaires, pour éviter un passage trop abrupte d’une chanson à l’autre (on fait de l’atmos quand même !) et conserver une certaine homogénéité. En cela elles réussissent bien car on pourrait presque (je dis bien presque) considérer l’ensemble comme une seule pièce progressive de 25min.

De leur côté, les chansons sont bien plus intéressantes. Le tout se veut relaxant, introspectif. La batterie vous happe de son riff aussi technique (sans être démonstratif) qu’hypnotique. Puis arrivent les nappes de claviers et les cœurs, suivis de près par une basse suave et une guitare aérienne bien que technique encore une fois. La mélodie est, elle, portée par le chant doucereux et haut perché de Paul Masvidal. Au niveau construction, on revient vers quelque chose de plus classique avec couplets/refrains et éventuellement soli (d’ailleurs assez maladroit sur la pièce titre, pris à part il est loin d’être mauvais mais jure avec le reste de la mélodie…). Encore une fois on regrettera un manque de développement car cet avant-goût est plus qu’alléchant…

Cynic surprend parce qu'il ne surprend pas

Pour ce qui est des lyrics, on nous sert des textes philosophico-contemplatifs proches de ce qu’on trouve chez les formations de Death technique/progressif mais qui font preuve d’un vrai talent d’écriture.

Alors que dire finalement de l’évolution de Cynic ? Le combo nous livre en cette année 2011 un EP qui augure certes de bonnes choses pour leur prochain album (qui sera bien évidemment plus fouillé), mais qui nous montre un groupe qui s’est rangé. Cette fois-ci Cynic surprend parce qu’il ne surprend pas… Cela laisse présager d’une suite de carrière « pépère » pour un groupe qui vogue maintenant sur ces acquis. Espérons tout de même que ce ne soit que passager (un EP n’étant qu’assez rarement représentatif d’une carrière) car ce genre de signes est souvent annonciateur de fin de vie. En conclusion un EP sympathique mais qui ne marquera pas les esprits, du moins pour sa créativité.

(mention spéciale à Roberto E. Venosa qui encore une fois nous gratifie d’un travail exquis avec cette pochette.)

Cynic - Carbon-based anatomy

01. Amidst The Coals
02. Carbon-Based Anatomy
03. Bija!
04. Box Up My Bones
05. Elves Beam Out
06. Hieroglyph

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