9/10Eternal life de The Craftmen Club, la sombre urgence

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 30/01/2014
Notre verdict : 9/10 - À ne pas confondre avec les Bangles (Ecrivez votre critique)

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Après les Vieilles Charrues et les Transmusicales en 2002 ainsi que deux albums en 2005 et 2009, The Craftmen Club ont su prendre leur temps pour sortir leur troisième opus, Eternal life, chroniqué sur Krinein.

Menteurs ! Non la vie n'est pas éternelle, la vie est comme un CD, presque dans le même ordre de grandeur : 80 minutes pour un CD, 80 pour une vie.

Urgence et communion

Sauf que voilà cet Eternal life ne dure que 45 minutes : il est donc normal qu'une certaine urgence apparaisse au fil des titres grâce notamment une batterie binaire qui martèle incessamment son rythme, une pulsation cardiaque qui bat comme la signature de l'album. Click on the box avec son riff idéal semble lancer ses dernières forces dans une bataille pré-apocalyptique dans laquelle l'issue est inévitable malgré les assauts effrontés des guitares. Dans la même idée, Animals s'appuie sur l'inlassable batterie pour se lancer dans des montées d'adrénaline inconsidérées : les chœurs qui chantent « We are animals » ne peuvent être qu'un encouragement à brailler à tue-tête sans rime ni raison avec le groupe dans un instant de communion extatique et quasi-mystique. Cette urgence communicative est tout simplement jouissive et entraîne l'auditeur dans un élan jubilatoire et essentiel.


DR. Ah ! Maintenant vous la voyez la sombreur !

 

Noirceur rampante

Mais le sentiment d'urgence qui se dégage de Eternal life s'accompagne aussi d'une noirceur rampante, particulièrement marquante sur certains morceaux comme I can't choose qui répète comme un mantra « I can't live without your love » ou « I can't choose if you run away », un mantra à deux doigts de la nausée qui se fait ressentir par tous les pores de l'auditeur. Face to face brûle aussi de ces ténèbres rappelant les meilleurs (ou pires?) moment de The Cure et autres corbeaux dépressifs : seul le refrain semble parfois tenter de percer ces lourds nuages sans jamais y parvenir complètement. Et s'il fallait rajouter une autre ombre à ce tableau, on invoquerait le révérend Marilyn Manson dont le mal être aurait été purgé de toute violence pour ne conserver qu'un cœur au bord des lèvres qui termine Eternal life sur le titre éponyme. L'aspect plus sombre de The Craftmen Club ne délaisse heureusement pas l'auditeur et amène une granulosité bienvenue dans un monde rock souvent trop aseptisé.

Que dire de plus si ce n'est qu'après un deuxième album remarqué en 2010, le groupe a failli se perdre, a failli disparaître mais qu'il est parvenu à se métamorphoser et que, s'il n'est pas devenu papillon, ce n'est sans doute pas à cause d'un manque de talent mais plutôt parce que le monde de The Craftmen Club est trop désenchanté pour pouvoir s'envoler en toute innocence. Comme les néons qui ornent la pochette, Eternal life brille dans la nuit, comme un phare perçant des ténèbres qu'il a lui-même créées.

À découvrir en téléchargement le 3 février et dans les bacs le 10 !

Point fort : tout

Point faible : rien

L'extrait : Animals

The Craftmen Club – Eternal life

01. The game
02. Click on the box
03. Vampires
04. Animals
05. Silent machines
06. Face to face
07. If you walk straight
08. I can't choose
09. Happy end
10. It's too late
11. Eternal life

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