5/10Corneille - Les Marchands de rêves

/ Critique - écrit par Filipe, le 31/12/2005
Notre verdict : 5/10 - Le tout petit prince du R'n'B (Ecrivez votre critique)

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Il y a quelques années, un producteur lui avait laissé entendre qu'il n'y avait pas de place pour quelqu'un comme lui dans l'univers de la chanson française. Depuis, Corneille est devenu "le petit prince du R'n'B", en accumulant les succès.

Il se fait connaître en France par l'intermédiaire de son titre "Avec classe", que les médias diffusent avec obstination courant 2003. "Les relents zouk R'n'B de cette ritournelle à la légèreté candide séduisent rapidement le public et permettent à son premier album, paru chez Wagram en février 2003, de connaître un premier écho favorable." Il s'offre alors un premier Zénith, puis une semaine à guichet fermé au Nouveau Casino de Paris. Même si les Kyo lui volent la vedette aux Victoires de la Musique de 2004, cela ne l'empêche pas de vendre son album Parce qu'on vient de loin à près d'un million d'exemplaires.

Il revient aujourd'hui avec un second album, dont il vante actuellement les mérites aux quatre coins du parc audiovisuel français. La presse écrite ne s'est pas pour autant laissée complètement dépasser. Ainsi, Corneille confiait il y a peu à nos confrères de Télé Star, qu'il avait envie de mariage, "et même d'un bébé". On le dit "sympa", "à l'humeur exceptionnellement égale". Sur cet album, intitulé Les Marchands de rêves, notre jeune chanteur d'origine rwandaise cumule les fonctions d'auteur, de compositeur et d'interprète. Et autant le dire tout de suite, afin de ne pas survendre ce deuxième album : il cumule aussi le bon et le moins bon.

Sur cet album, il n'y a pas de révolution majeure quant aux thèmes abordés. Corneille évoque l'amour, la mort, la famille, la pauvreté, l'abandon et le don de soi-même. Les thèmes qui lui sont les plus chers, mais qui sont aussi parmi les plus difficiles à aborder. Ainsi, il rend un hommage vibrant à sa mère, aujourd'hui disparue, et la rassure quant à la tournure que les événements de sa vie ont pris (Reposez en paix). Il glisse quelques mots à l'attention de sa soeurette (Petite soeur) avant d'évoquer la possibilité d'un retour au pays des mille collines (Sur la tombe de mes gens). Et puis, il lui arrive désormais de composer à des fins ouvertement politiques (Lettre à la Maison Blanche)...

Il dresse également quelques passerelles entre cet album et le précédent : ainsi, sur Si tu savais, il nous appelle à nous souvenir de Seul au monde, l'un de ses premiers tubes, et exorcise ses craintes d'artiste. Corneille évoque les petits bouleversements provoqués par sa nouvelle notoriété, les changements infimes qu'il perçoit désormais dans le regard des autres, ceux qui lui crient : "Vends ta Porsche et rentre chez toi aider les tiens, avec tout le fric que t'as" (Toujours le même). Lui qui, sur son premier opus, se contentait d'évoquer un rêve d'enfant, celui de pouvoir frimer au volant d'une voiture de sport.

Musicalement, Corneille se cantonne aux recettes qui ont fait le succès de Parce qu'on vient de loin. Et je dois dire qu'il n'y a rien de pire que ces impressions de déjà vu, là où l'on espère de la nouveauté. Les textes priment par-dessus tout. L'orchestration est réduite à sa plus simple expression. Les variations sont infinitésimales. La musique s'apparente à de la soul, flirtant ici où là avec une folk plus traditionnelle. Fort heureusement, Corneille personnalise un peu plus son ouvrage à travers une série de références au reggae (Quand on aime tant), au hip-hop (Toujours le même) et à l'afro beat (Iwacu), des genres qu'il affectionne tout particulièrement. Au petit jeu des associations de lettres et de notes, Lettre à la Maison Blanche, Les Marchands de rêves et Notre jour viendra s'en sortent avec panache, tandis que d'autres (Le bon Dieu est une femme, A vie, Ca arrive) tournent complètement à vide.

Après avoir survécu au génocide rwandais en 1994, le chanteur n'est jamais retourné dans le pays où il a grandi. Depuis, son parcours est un formidable message d'espoir adressé aux plus démunis. "Corneille trouve dans la musique un exutoire thérapeutique dont il tire toute sa force." Le public apprécie sa générosité, puisqu'il vient de l'élire dix-huitième "personnalité préférée des Français". Musicalement parlant, le marchand de rêve ne réserve que peu de surprises sur son nouvel album. Usé par les médias, la soul "façon Corneille" finit par agacer à la longue. Résultat : il y a là tout juste de quoi satisfaire les fans de la première heure... Dommage.


01 - Reposez en paix
02 - Lettre à la Maison Blanche
03 - Si tu savais
04 - Sur la tombe de mes gens
05 - Petite soeur
06 - Le bon Dieu est une femme
07 - Les Marchands de rêves
08 - Notre jour viendra
09 - A vie
10 - Iwacu
11 - Toujours le même
12 - Ca arrive
13 - Quand on aime tant
14 - Viens

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