8/10Le Chantier se termine en chanson pour La Ruelle

/ Critique - écrit par Maat (), le 10/04/2011
Notre verdict : 8/10 - Fort potentiel exprimé, identité en éclosion (Ecrivez votre critique)

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La Ruelle en Chantier, c'est une fort agréable découverte. Aux accents Barbaresques ou Kétanousques (oui, j'invente des mots), l'album La Vie Belle est empli d'histoires, de tranches de vies, plaisamment mises en chanson que l'on apprécie de fredonner.

L’Allier, c’est pour certains le département où se trouve le centre de gravité de la France. Pour d’autres, c’est le département de naissance de La Ruelle en Chantier, et de leur label, L’atelier d’en face. La Ruelle en Chantier, c’est quatre artistes qui nous chantent la vie, à la manière des groupes les inspirant tels que les Ogres de Barback dont nous avons déjà parlé sur Krinein ou encore La Rue Kétanou. La Vie Belle est le dernier album de ce sympathique quatuor, les précédents, Un Demi et six Pailles (2008) et Belle Journée (2007) étaient autoproduits. Le nouveau-né est, lui, signé sous le label L’Atelier d’en Face.
Les illustrations très sympathiques de l'album sont signées Michael Lozé, auteur de BD, qui a entre autre, mis en planches des textes des Fatals Picards.
Venez découvrir avec moi les chansons qui s’égrènent au rythme des guitare, violon, basse et autre accordéon agrémentés de divers autres instruments.

Le Chantier se termine en chanson pour La Ruelle
Crédit photo Sophie Hervé.
Si j’avais choisi mes mots, comme dans un poème à la Victor Hugo…

Les mots de La Vie Belle ne sont peut-être pas aussi bien choisis que dans les poèmes de V. Hugo, comme le déclame Jérémy dans Avec des Si, mais on sent tout de même un gros travail d’écriture, par exemple dans Gens des villes, gens des champs, qui nous conte avec habileté les différences entre campagnards et citadins, entremêlant les mots et nous prouvant un talent d’écriture certain et assez prometteur. Ce talent, on le sent dans d’autres textes de l’album, mais bien moins flagrant, moins spectaculaire, si je puis me permettre. Des textes touchants dans La Vie Belle, où l’on découvre un homme s’interrogeant sur son futur, mais aussi très attendrissant dans Louise Perrin qui m’ont rappelé des sentiments apparus à l’écoute de tranches de vie de chansons telle que Ma Petite Chérie de Debout Sur Le Zinc, ou encore La Femme du Guerrier des Ogres de Barback, même si les sujets sont différents. On note aussi un petit clin d'oeil aux VRP avec un "Mais Louise Perrin n'a pas sommeil" qui nous fait évidemment penser à "Ramon Pérez n'a pas sommeil". Dans Louise Perrin, on suit au fil des années une jeune fille née au début du vingtième siècle, de sa naissance à son décès. Tranches de vie que l’on découvre aussi dans La figurante où l’on fait un bout de chemin avec une charmante actrice que personne ne voit, ou aussi dans la très médiévale Mathilde, où l’on attend beaucoup de cette jeune fille si tendre et envoûtante. De même, dans les épisodes du quotidien de À trop s’entendre, de Un Soir de Mai et de À 50 ans, La Ruelle aborde bien souvent l’Amour sous différentes formes, où résonnent les accents des disputes, des séparations. L’Amour, se trouve aussi juvénile, dans  L’Amour nomade, évoquant les jeunes filles laissant leurs cœurs voyager.
Puis nous terminons sur un OVNI bien étrange au milieu de tout ceci, Ça va mal nous transporte dans la folie d’un homme aux multiples personnalités qui s’en accommode comme il peut, nous faisant sourire de ses péripéties. Autant le texte semble apparaître au détour de l’album sans réelle cohérence avec l’ensemble, autant il faut avouer que la folie du texte s’accorde parfaitement avec l’ambiance musicale très ska, musique de l’Est.

Le Chantier se termine en chanson pour La Ruelle
Crédit dessin Michael Lozé.
Dans le sens du vent !

L’ensemble musical est très cohérent, hormis l’OVNI final, qui, si je le trouve quelque peu déplacé dans l’album est une vraie réussite, et une de mes chansons préférées de l’album. On retrouve tout au long de La Vie Belle les inspirations du groupe. On pourrait presque croire que L’envers du comptoir a été écrit par les Ogres et À trop s’entendre par la Rue Kétanou… L’univers de La Ruelle en chantier oscille donc au travers de ces groupes, tout en apportant sa propre touche, sa sensibilité.
La Ruelle, c’est avant tout un accordéon très entraînant, une guitare toujours présente, un violon souvent bien placé et surtout deux voix très accrocheuses. Celle aux airs abimés de Jérémy, rassurante, très puissante par moment, à la manière d’un Fred Burguière qui emballe à lui seul le rythme, ou valse encore parfois la voix féminine de Déborah, tantôt très aiguë, très fragile, tantôt suave. 
La préface, 17:01 et La place du vieux marché sont deux épisodes uniquement musicaux, sans paroles. Très courts tous trois, ils nous ancrent dans l’album, l’un en début, l’autre en milieu et le dernier en presque fin de chemin, nous faisant voyager dans le monde de La Ruelle en Chantier.

Le Chantier se termine en chanson pour La Ruelle
Crédit photo Nicolas Auproux.
Les gens des villes sont souvent faux, fauchés sont les gens des champs.

Au détour de certaines chansons, comme je le disais, on se croirait en présence de ces groupes renommés. Par ici un frémissement de la Valse d’Amélie de Yann Tiersen, par là quelques notes évoquant Debout Sur Le Zinc, encore ici un air de famille avec les Ogres (qui sont mêmes nommés dans Lenvers du comptoir), encore là des accords de guitare de la Rue Kétanou, l'espace d'un court instant des paroles évoquant les VRP. C’est évidemment un gage de qualité, et l’on sent un potentiel chez La Ruelle, un potentiel qui demande à murir. Des textes accrocheurs, des instruments bien en place, des lignes de chant très intéressantes, il ne reste plus à La Ruelle qu’à se forger sa propre identité pour que l’on ne sente plus la présence discrète de leurs ainés dissimulée dans leur ombre. Ne vous y méprenez pas, c’est évidemment que j’ai fortement apprécié cet album et ce groupe qui a été une découverte pour moi que je me permets d’émettre ce bémol. Une réussite qui pourra donc être totale lorsque le quatuor se sera affranchi de l’empreinte des grands frères et qu’il aura trouvé sa propre marque de fabrique que l’on peut sentir en gestation, prête à éclore. On en redemande !

Le Chantier se termine en chanson pour La Ruelle
Album La Vie Belle.
La Ruelle en Chantier - La Vie Belle

1- Préface
2- La vie belle
3- A trop s’entendre
4-L’amour nomade
5- La figurante
6- 17:01
7- A 50 ans

8- Gens des villes, gens des champs
9- L’envers du comptoir
10- Louise Perrin
11- Mathilde
12- Place du vieux marché
13- Avec des si
14- Un soir de mai
15- Ca va mal

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