C'est presque comme dans un conte de fées : Caro Emerald (de son vrai nom Caroline Esmeralda van der Leeuw) s'est retrouvée à faire cet album par la grâce du sort. A l'origine, le tube Back it up avait été écrit pour un obscur groupe japonais, par les producteurs David Schreurs et Jan van Wieringen, avec le compositeur Vince Degiorgio. Mais leur chanteuse de démo n'étant pas disponible, ils se sont tournés vers Caroline. Le produit n'intéressera personne mais Caroline l'intégrera dans son tour de chant. Elle aura par la suite l'occasion de la chanter sur AT5, une chaîne de télé néerlandaise (au cas où vous n'auriez pas déjà compris que ça se passe là bas). Et là, c'est la grosse surprise. Des tonnes de téléspectateurs se jettent sur leurs téléphones et appellent la chaîne pour demander, avec leur affreux accent hollandais, qui est la jeune fille qui chante cette super chanson. A cela suivra un engouement encore plus vivace sur internet. Le filon sent bon, il faut l'exploiter. Les producteurs retournent donc voir le compositeur et, sur ce même principe de chansons composées dans le style dancing des années 50, ils se font faire les autres chansons de cet album.
Premièrement, il faut ici marquer le pas. Le principe de refaire du neuf avec du vieux, façon Gotan Project, s'arrête au concept. Il ne s'agit pas
de faire une utilisation appuyée de samples. Caro Emerald chante des chansons reprenant un style passé, en utilisant certes parfois des samples, mais elle traîne à sa suite 7 ou 8 musiciens (guitare, contrebasse, piano, DJ, cuivres) qui s'occupent de délivrer une exécution live et carrée. Et ce genre de chose a tendance à se faire tellement rare pour une artiste solo, que sa simple occurrence mérite d'être signalée.
Deuxièmement, pour entraînant et entêtant que soit le single Back it up, pierre de Rosette de cette artiste, il ne s'agit pas du titre qui mérite le plus d'attention. C'est bien là le cas d'une chanson-produit d'appel, destinée à attirer le chaland (ce titre est d'ailleurs annoncé comme repris par Madcon sur la galette single, mais en fait de ça, les compères n'apparaissent qu'une poignée de seconde à la toute fin). D'autres titres s'avèrent, quant à eux, plus construits et permettent au joli filet de voix de Caro Emerald d'étaler tous ses charmes. C'est par exemple avec un titre comme Rivieira Life qu'elle démontre l'éclectisme, certes limité, mais certain, d'une chanteuse pop de classe mondiale, avec une bonne humeur et une attitude qui fait penser à des chanteuses comme Nelly Furtado, avant son pimpage par Timbaland, ou Des'ree. Il ne s'agit donc pas d'une révolution vocale, mais le contrat est respecté pour le plus grand bonheur de l'auditeur occasionnel.
Ce qui retiendra surtout l'attention, c'est la part belle faite à ce retour sur un registre qu'on avait un peu oublié et qui n'est pas toujours connu pour être très classe. On a surtout en tête des images de dancing pendant la guerre, ou des pin-ups de la RKO venaient faire les chœurs pour un big-band à la Glenn Miller, monté à l'occasion d'un bal pour la marine et la navy, dont les conclusions sont le mieux illustrées dans 1941 de Spielberg. Mais en fait de cela, l'album est sauvé par le fait qu'il ne fait pas seulement référence à ce style. En plus de l'aspect purement swing et bee-bop de Absolutely me, ou Dr. Wanna Do, le concept réussit à emprunter ses influences dans l'ensemble du corpus musical de cette époque, s'y inscrivant alors sans en subir les restrictions. Ainsi, dans une conception très Pink Martini, fortement marquée par les symptômes d'une production contemporaine, You don't love me, I know that he's mine et The lipstick on his collar sont des morceaux très dignes. Plus loin, A night like this propose un amusant mélange qui ressemble au Fernando de ABBA version Cha-cha-cha et, avant ça, il faudra noter le très bon The other women, dont le sample de fond fait furieusement penser, à la fois à l'introduction d'un tango gravé dans la cire (se prolongeant dans l'outro), et à un Silly Symphony de Walt Disney (comme Skeleton Dance). Parfois pourtant la sauce prend moins, comme avec Stuck, qui, appuyant trop sur le back beat jazz, finit par s'approcher d'un ska un peu gras, perdant l'âme du concept et ne laissant que la seule Caro Emerald pour y maintenir un quelconque intérêt.
En définitive, il s'agit avant tout d'un produit pop-variété assez élaboré, qui laisse percevoir, ça et là, des identités moins commerciales qui mériteraient d'être creusées. Pour autant, l'ensemble n'est pas du tout désagréable, bien au contraire, et a tout ce qu'il faut pour qu'on s'y intéresse, ne serait-ce que pour voir ce qui se fait de nouveau dans le vieux.
Caro Emerald - Deleted scenes from the cutting room floor
01. That man
02. Just one dance
03. Riviera life
04. Back it up
05. The other woman
06. Absolutely me
07. You don't love me
08. Dr. Wanna Do
09. Stuck
10. I know that he's mine
11. A night like this
12. The lipstick on his collar
athanagor []

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