9/10Cabadzi aiguise ses épines

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 18/10/2014
Notre verdict : 9/10 - Qui s'y frotte en tombe amoureux (Ecrivez votre critique)

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Quand on allume sa télé, il n'est pas rare de tomber sur un clip de rap/r'n'b que l'on trouvera désespérant. Pourtant la scène hip-hop française est foisonnante et terriblement excitante. En voici un nouvel exemple avec Cabadzi.

Il n'y a pas si longtemps, on vous disait quelques mots de La nausée de La Canaille, de ce rap qui s'évade du sempiternel hip-hop à deux centimes pour poser son flow sur d'autres musiques. Cabadzi, qui a justement été mis en lumière par La Canaille, est un autre exemple d'un assemblage hétéroclite de spoken word et rap, touillé avec beatbox, cordes classiques et guitares.

Bonjour tristesse

« Les Féroces intimes que l'on cache n'étouffent pas Le bruit des portes. Cent fois tu tourneras te demandant pourquoi Nous sommes deux femmes. Mon ami, ne t'en fais pas, c'est l'éveil qui approche quand la nuit est Plus sombre. Chacun vit ainsi, avec au fond de lui un Cancre ultime dont l'ombre est L'odeur des choses qu'on cache, La messe noire des désirs qu'on ressasse. Solitaire paisible dans tes douceurs et tes rires, tu n'auras qu'une seule chose à dire : D'en haut, la ville est belle en bas.

Ainsi tu éviteras tous ceux qui ne pensent qu'à S'aimer vite dans le chaos d'une dérisoire détresse. Ainsi tu crieras, heureux, Bonjour tristesse. »

Une longue citation qui parle beaucoup puisqu'il s'agit pour Cabadzi d'insérer chaque morceau de Des angles et des épines dans une histoire globale, une « tracklist narrative » comme ils le disent si bien. Cette citation permet aussi de rendre compte de l'écriture des textes qui peuvent, assez rarement, être un peu mal ficelés mais sont, la grande majeure partie du temps, vraiment bons, voire touchent à l'extraordinaire. Mais nous y reviendrons bien sûr. Enfin cette citation est aussi l'occasion aussi de remarquer qu'en sus des 10 titres de l'album, deux morceaux spin-off évoquant ce même personnage sont (ou seront) disponibles sur le site de Cabadzi.


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Angles mais pas saxons

Mais s'il y a quelque chose que cette citation ne peut évidemment pas mettre en évidence, c'est bien la musique qui est l'un des côtés les plus intéressants de Cabadzi. Le bruit des portes, par exemple, ne peut que nous interpeller avec son refrain porté par des guitares incandescentes qui nous ramène, encore et toujours, à cette mouvance du rap qui mixe avec intelligence le meilleur du rap et le meilleur du rock (La Canaille, Zone Libre, Casey et B. James entre autres). Ce n'est sans doute pas l'avenir du hip-hop commercial mais ça reste très, très bon. Cependant Cabadzi ne se cantonne pas à illustrer leurs propos par de la guitare électrique et de la batterie. On retrouve en effet aussi de gros beats electro sur Cent fois qui nous charme aussi avec son sifflotement hypnotisant, une atmosphère cuivre latino sur Mon ami ou du violoncelle larmoyant et poignant sur Plus sombre. Vous l'aurez compris, Cabadzi montre autant d'angles musicaux qu'il y a de titres dans leur album.


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Pas militant mais pas apolitique

Évidemment quand on parle de spoken word et de rap, il est indispensable de faire un petit paragraphe sur les paroles du groupe. Il faut noter qu'il est parfaitement précisé que Des angles et des épines « n'est pas un disque militant » et que « ça le serait » si Cabadzi était « russe, mexicain ou chinois ». Pourtant Cabadzi ne manque bien sûr pas d'opinions : Cancre ultime est particulièrement éclairant sur ce point avec des phrases qui marquent comme « J'veux pas dormir dans une boîte, j'veux pas travailler dans une boîte » que l'on ne peut comprendre que d'une seule manière et qui annonce le reste du morceau dont le point d'orgue semble être ce « Ils valent 1000 fois plus qu'un autre, Et ça ne choque personne ». Pas militant mais pas apolitique. Finalement chaque morceau, chaque tranche de la vie du personnage de Cabadzi est une piste de réflexion, une épine qui, aussi petite qu'elle puisse être, pique et dérange.

Et s'il fallait encore jeter des fleurs au groupe, que dire de leur splendide coffret où chaque morceau est illustré par une carte carrée avec paroles au verso et splendides photographies de Nik8 au recto, un objet qui dépasse la simple musique, un objet comme l'on aimerait en avoir plus souvent entre les mains même si, dans le cas de Cabadzi, ce n'est que la cerise sur le gâteau.

Point fort : parvenir à faire passer un message sans l'asséner bêtement avec de gros sabots

Point faible : peut-être justement éviter l'affrontement frontal parfois nécessaire

La critique en 140 caractères : Les épines façonnées par Cadabzi par le biais d'une multitude d'angles musicaux ne peuvent que nous faire adhérer à leur magnifique projet.

En écoute : Cent fois

Cabadzi – Des angles et des épines

01. Féroces intimes
02. Le bruit des portes
03. Cent fois
04. Nous sommes deux femmes
05. Mon ami
06. Plus sombre
07. Cancre ultime
08. L'odeur
09. Messe noire
10. D'en haut, la ville est belle en bas

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