Burning Hell ! Un compte-rendu du Hellfest 2013 - Deuxième jour

/ Compte-rendu de concert - écrit par Draly, le 17/07/2013

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Je me réveille aux alentours de dix heures avec un joli mal de tête qui me confirme encore une fois que je n’ai pas assez dormi. Heureusement une petite bruine est là pour me rafraichir et les échos des groupes se préparant au loin finissent de me réveiller. Je passe par le coin petit déjeuner aménagé à l’entrée du camping et y prends la formule classique à 4 euros : café, jus d’orange, croissant, cookie. Hum… un peu cher tout de même mais je ne vais pas cracher dessus, loin de là ! Rétrospectivement je me rends compte d’à quel point j’ai glandé ce samedi matin. J’ai passé la première heure (ce qui, avant 13h, équivaut à deux groupes) au camping à faire connaissance avec mes voisins de tente (très sympas au demeurant, comme la quasi-totalité des festivaliers il va sans dire… viendez au Hellfest, on est gentils !), puis l’heure suivante à me balader dans l’Extreme Market

Mais à peine ai-je fait l’acquisition d’une corne creusée (oui, je suis en mode grosse fashion victim !), que je me dirige vers le Temple pour y voir jouer Koldbrann. Et c’est avec joie que je retrouve mon joli Trve Black à Corpse Paint. On a tout ce qu’on attend d’un groupe du genre : un  son crade et brumeux, des ambiances lourdes, des riffs mêlant habilement rage et langueur… Un groupe qui tombe dans tous les clichés de son style mais qui a le mérite de se révéler moins élitiste que d’autres, n’hésitant pas à parfois tempérer ses propos à l’aide de patterns mélodiques et accrocheurs.  Un bon moment passé en compagnie d’un groupe qui devrait aguicher (si ce n’est séduire) autant les néophytes que les aigris.

Je profite du fait qu’aucun groupe ne m’intéresse vraiment par la suite pour passer au Kingdom of Muscadet m’en jeter un, et remplir ma corne. Le Kingdom of Muscadet c’est un peu le coin privilégié. On est entouré par des arbres qui atténuent nettement le son pour n’en faire plus qu’une nappe éthérée et la concentration de barbus au mètre carré diminue fortement. Parfait pour une pause entre deux concerts ou pour y casser la croûte.

Retour au Temple, mais pour un groupe à la dynamique totalement différente : Equilibrium. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Equilibrium fait dans le Metal Folk, vaguement extrême, festif et déconnant. Un groupe très accessible grâce à son clavier omniprésent qui dispense moult mélodies aux fragrances celtes. Il n’est donc pas étonnant de voir, pour une fois la fosse du Temple se remplir, et la moyenne d’âge diminuer. Du coup la tente du Temple, d’habitude calme, se change rapidement en champ de bataille. On a même droit à un Wall of Death au début du second morceau. C’est drôle, défoulant et ça réveille. Un petit concert sympa même si ça va pas chercher bien loin (amoureux de musique calme, passionée ou complexe, passez votre chemin). On décernera tout de même au groupe le prix du plus gros WTF du festival avec sa fourbe reprise de Dragonborn, le thème de Skyrim, qu’ils ont pensé faire passer comme une lettre à la poste pendant qu’on se tapait dessus.

Je regarde mon programme et constate que la glande est maintenant terminée, la journée ne présente plus aucun temps mort ou presque. Je me dirige d’un pas résolu vers l’Altar. S’y prépare un groupe français que j’affectionne beaucoup : The Old Dead Tree. Il est assez étonnant de les trouver sur cette scène et non au Temple d’ailleurs. On tape plus dans le Post-Black atmosphérique que dans le Death. Toujours est-il que c’est une excellente surprise de les retrouver là d’autant que le groupe n’avait pas donné de concerts depuis un bon bout de temps (entendez par là 5 ans).  On nous propose une musique raffinée toute en nuance qui sait tout de même durcir les traits en temps voulu. Le public semble conquis et le chanteur, bien qu’exténué, aux anges.

Allez hop, on part voir Kampfar, palme des plus mégas Trve - vous remarquerez à quel point ce qualificatif est apprécié chez les blackeux- de la mort ! Déjà en ce qui concerne l’imagerie, on a le chanteur grimé, T-shirt Bathory, ceinture de balles et bracelets à clous (beaucoup, beaucoup de clous !)… et puis je cite : « You want some real shit? Because this is how Black Metal is supposed to be ! ». La batterie est ultra martiale, les vocaux haineux et possédés, les guitares agressives… on alterne mid-tempi et grosses accélérations pour une musique froide, épique et guerrière. On est sur quelque chose de plus hermétique et répétitif (meilleure amie ou pire ennemie de l‘atmosphère ?) que Koldbrann pour un résultat qui se destine préférentiellement  aux puristes. Reste un concert plus que correct, avec son lot de bonnes compos entêtantes et galvanisantes.

Sur les conseils « avisés » des flyers Hellfest, vendant Down comme « tout simplement le meilleur groupe de Metal sudiste », je mets les voiles vers la Mainstage 1. Et je me retrouve en face d’un truc « tout simplement » ultra-bourrin et passablement bas du front… Alors je sais que ce groupe a ses fans, en témoigne la bonne dizaine (si ce n’est quinzaine) de milliers de spectateurs devant la Mainstage, mais c’est franchement pas ma came. Je reste même pas jusqu’au bout et passe une petite demi-heure au Kingdom of Muscadet.

Bon,  ptit test maintenant pour voir si vous suivez. Alors ? Il va où tonton Draly ensuite ? Ouais ! Au Temple ! Pour mater Rotting Christ en plus ! OK, et en quoi c’est bien Rotting Christ ? Ben c’est du Black Metal grec, et ça, ça nous change un peu du gros Norvégien barbu ! On substitue aux ambiances froides et guerrières quelque chose de plus mystique et grandiloquent. Les compos se font plus complexes et structurées que chez leurs copains de Koldbrann ou Kampfar mais peut être un poil moins poignantes. Les vocaux sont aussi moins haineux et on note la présence d’un clavier assez discret qui vient appuyer l’atmosphère développée par ses nappes embrumées. On a droit à un très bon concert qui pioche dans toute la disco du groupe proposant des titres assez différents, soit très mélodiques soit plus directs. Un très bon moyen de s’initier à l’extrême.

Direction Amorphis à l’Altar. Les Finlandais nous offrent un concert sans réel relief malgré le style proposé (Heavy/Death mélo). Les compos sont bien exécutées mais le groupe ne se fait peut-être pas assez communicatif. Une setlist correcte, voire bonne, avec bien sûr une majorité de titres issus du petit dernier : Circles. Pas grand-chose à dire au final.

Il est 20h c’est l’heure de la pause manger. J’aurais bien aimé attraper la fin des gros bœufs de Belphegor mais la queue au restau s’est révélée plus longue que prévue… J’arrive quand même pour le début de My Dying Bride. J’ai été agréablement surpris, le Doom Death des anglais se prête étonnamment bien au live (fruit de plus de 20 ans d’expérience certainement). Le son est excellent, la setlist se veut éclectique et de bon goût, et le groupe vraiment crédible. Une bonne surprise, et encore un groupe qui permet une entrée assez douce dans un style plutôt inhospitalier.

Pour finir de digérer, Finntroll ! Comme avec tous les groupes de Metal Folk un peu festif, c’est la guerre. La prestation est énergique et le public en forme. Le groupe se présente avec une bonne humeur communicative qui fait plaisir à voir (et avec des putains d’oreilles de trolls ! elles étaient teeeeellement bien ! j’aurais teeeeeellement voulu avoir les mêmes !) Encore une fois le dernier album est évidemment surreprésenté, mais semble aussi avoir vraiment été taillé pour la scène avec ses riffs simples, accrocheurs et dynamiques. Petit regret en revanche, le son du clavier était clairement trop faible…

Galvanisé par la musique, je m’en vais me calmer (et me reposer aussi un peu) avec Candlemass à l’Altar. Et non je ne suis pas allé voir Kiss ! Déjà parce que Kiss ben j’aime pas, et en plus parce que c’est blindé de monde ! Donc Candlemass… Je les attendais un peu au tournant ceux-là en grand fans des deux premiers albums. Le show s’ouvre avec leur reprise bien connue de la Marche Funèbre de Chopin, et après on aura surtout du dernier album… qui ne m’a pas branché plus que ça. Enfin, globalement le concert était pas mal, malgré quelques décisions… étranges ? Déjà le groupe qui se barre au bout de 40min sur un show d’une heure juste pour avoir le plaisir de faire un rappel encore introduit par un discours pseudo-philosophique sur le temps… Mais aussi le choix d’un nouveau chanteur, bon certes, mais incapable dans les aigus alors que les anciens étaient connus pour leur tessiture particulièrement ample (c’est plus qu’évident sur Solitude par exemple).

Déçu, quelque peu, je parcours à nouveau les quelques mètres qui séparent l’Altar du Temple et m’apprête à accueillir Immortal. Premier constat, en temps normal, les groupes se préparent et font leur balances pendant le set de scène opposée. Pas cette fois. Abbath et sa bande débarquent la bouche en cœur (inversé) font deux trois tests son à l’arrache pour enchainer directement, ils en ont rien à foutre. Rien à foutre que le son crache, rien à foutre que sur les trois instrus il nous manque la basse, rien à foutre que le gratteux sache pas sortir le riff principal… Rien à foutre parce qu’on est des putains de Trves ! Le groupe est tellement à fond dans son délire qu’on passe l’éponge sur tout le reste et qu’on plonge la tête la première dans un torrent de musique ultra honnête. D’ailleurs les gonzes sont super sympas et se prennent absolument pas au sérieux. On a droit à tout : l’uniforme (avec ces merveilleuse bottines !), la marche en crabe, les blagues vaseuses, les mimiques débiles, les feux d’artifices, et surtout *effet dramatique* … Sur le dernier morceau les lumières s’éteignent la batterie continue, martiale au possible (la basse peut être aussi mais on s’en fout, on l’entend pas), arrive Abbath une torche médiévale dans une  main et une corne dans l’autre… Sous une tente cet espèce de con s’est mis à cracher du feu ! La setlist était sympa quoiqu’un peu trop All Shall Fall à mon goût. Nan mais je chipote, c’est globalement un excellent souvenir !

Après cette espèce de bombe atomque, des potes à moi voulaient m’emmener voir Korn. Je rechigne un peu mais finis par accepter. Je les avais bien obligé à se coltiner mon black de bourrin toute la journée (sauf un qu’est allé voir Kiss le saligaud !). J’arrive devant la scène, ils ont déjà commencé depuis quelques minutes, et je me trouve un peu consterné face à un jeu de scène et de lumière proprement ridicule… Et la musique ? ça pue le commercial à plein nez mes amis ! C’est pas un terme que j’emploie souvent, éventuellement par dérision, mais là j’ai pas vraiment mieux. Rien n’est (ni ne semble) authentique. Au bout d’une dizaine de minutes je sors mon programme, et oh putain !

« Erf les mecs, c’est quoi ça, j’ai l’impression d’être en face d’un mauvais concert de hip-hop là… Sans déconner… Allez, je vous laisse je vais voir Morbid Angel, moi ». Alors ptet que j’ai laissé parler les préjugés et que je n’ai pas écouté correctement puisqu’eux aussi, comme Down, semblent avoir leur armée de fans, mais franchement, je me sentais pas de tenir tout le set, surtout à 1h passée, je me serais endormi avant.

Alors que ben Morbid, là oui putain ça tue ! Le groupe a une énorme présence scénique, son jeu est puissant et énergique et le public est là pour le recevoir. Les compos sont directes et efficaces sans pour autant tomber dans le simpliste, parfaites pour du live. Une setlist qui en plus privilégie les premiers albums et qui contente les fans de toute heure. Un très bon concert pour les amoureux de Death Old School et pour ceux qui aimeraient se frotter un peu à l’extrême. Voilà c’est dit !

Encore une fois Metal Corner avant d’aller au dodo. Une très bonne journée qui s’achève et qui n’augure que du bon pour la troisième.

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