9.5/10Burial - Kindred EP

/ Critique - écrit par Carlitolindo, le 24/03/2012
Notre verdict : 9.5/10 - Emotion inqualifiable (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 2 réactions

Je m’en souviens comme si c’était hier ! J’avais acheté un magazine qui faisait une espèce de top album de ces dernières années et, malgré les gros titres pour les succès phares des grosses écuries, il y avait un petit, voire même minuscule, encart sur un artiste peu connu qui émergeait de la scène underground anglaise ! Je vous le mets dans le mille c’était Burial avec son album Untrue sorti en 2007. Ce fameux magazine ne donnait pas beaucoup d’infos mais marquait quand même en gras « Meilleur album de l’année 2007 ». Inutile de vous dire à quel point j’ai pu rigoler, car ce genre de phrase cache souvent un manque de renseignement sur l’artiste... et résultat, on pose une chronique toute faite qui s’inspire de ce qui se dit à droite et à gauche.


La petite galette qui va bien
En temps normal je passe sur ce genre de choses, mais le dessin de la couverture de l’album me frappait un peu, ce personnage au trait bizarre devant sa tasse à café, avec ses couleurs grises noircies, attisait ma curiosité et le fait que l’album soit de style « Dubstep » (mélange de rythme dub et électronique froide) m'a définitivement donné envie d’y jeter une oreille. Depuis, je rigole un peu moins quand je vois des phrases « meilleur album... ». Et autant vous dire que cet opus fut un des plus gros chocs musicaux que j’ai pu entendre depuis x années !

 

La musique de l’image

C’est toujours étonnant de voir comme sa notoriété évolue de jour en jour, malgré son refus de dévoiler une once de son identité, à part une pauvre photo et des phrases chocs à se mettre sous la dent. En revanche le dj a fait du chemin en réussissant à faire des titres avec Massive Attack, Four Tet, Thom Yorke et j’en passe ! Ce n’est pas donné à tout le monde, surtout quand on vient un peu de nulle part sans l’appui des grosse cylindrées majoriennes.


Les têtes qui font peur
Toute ces collaborations font un peu oublier que l’artiste n’a plus vraiment fait parler de lui en solo depuis quelques temps (mis à part l’EP Street Halo en 2011)... alors imaginez mon état d’excitation quand j’ai vu ce fameux Kindred EP. Le premier titre de l’opus se prénomme d’ailleurs Kindred et première bonne nouvelle notre artiste n’a pas changé de recette ! L’introduction nous fait tout de suite rentrer dans son monde glacial et ténébreux si caractéristique, avec un fond sonore étrange accompagné du bruissement de la pluie… La rythmique arrive dans la foulée avec une percussion rapide et martiale ! Cette fois, c’est parti pour 11 minutes de battements suffocants, de voix toutes plus fantomatiques les unes que les autres et de ces petits sons urbains (grésillement, pluie…) qui font l’essence même de sa musique. Je vois déjà les gros yeux sur le fait que la piste fasse 11 minutes, rassurez-vous notre artiste ne laisse pas la répétitivité s’installer et, plusieurs fois, il se permet de couper la rythmique pour mieux nous faire ressentir la noirceur atmosphérique de la chanson qui s’accroit fortement dans les derniers instants… Du grand art tout simplement.

Les chants fantomatiques nous poursuivent sur la deuxième piste Loner, qui elle aussi prend son temps pour démarrer mais dès que les rythmiques arrivent, on se fait tout de suite aspirer dans un véritable tourbillon sonore sombrement addictif et étonnement explosif à certains moments. Cette chanson donne l’effet d’un voyage abyssal sans fin, étouffant et terriblement oppressant.

On en termine (déjà) avec Ashtray Warp lui aussi particulièrement long (presque 12 minutes), baigné d’une nappe spectrale mélancolique et de sa recette à succès, avec des tempos plus ou moins rapides, accompagnés de boucles sonores nerveuses… Oui mais voilà, comme je le disais plus haut, Burial ne se contente pas de produire le même son sur toute la piste et, de ce fait, le titre se découpe en deux parties bien distinctes ! Pour vous laisser la surprise, sachez juste que sur la deuxième partie les nappes s’amenuisent pour accueillir des bruits et effets urbains beaucoup plus oppressants…

Toujours aussi à part


L'avenir n'a pas de limite
Là où le monde de la musique devient chaque jour un peu plus navrant à cause de l’enfermement stylistique populaire, il est toujours intéressant de tendre l’oreille vers des artistes qui refusent de produire le même son que tout le monde, même si cela leur coûte de n'avoir aucun passage en radio ou à la télévision. Ils se disent tout simplement qu’ils n’ont pas besoin de ça pour exister. Burial est de ceux-là, c’est un artiste qui exprime ce qu’il voit par le son et son domaine de prédilection reste toujours ce milieu urbain de Londres qui, le soir venu, fait surgir de longues rues étroites et sombres baignées de pluie glacée, de lumières grésillantes, de voix plus ou moins lointaines qui s’effacent dans le noir… On pourrait s’arrêter là mais cette retranscription émotive, voire dépressive, de ce que l’artiste voit, s’affranchit de la musique en elle-même pour provoquer une extraction imaginative sans limite. C’est tellement rare qu’il est impossible d’expliquer correctement ce que la musique de Burial a de jouissif, il faut juste s’en imprégner pour comprendre son monde… Encore une fois, notre artiste démontre toujours plus d’expérience dans son travail et 3 pistes pour 30 minutes de son sans temps mort c’est juste à applaudir tout simplement. Je conclus cette chronique par un simple merci pour lui car son talent n’a de cesse de grandir.

Burial - Kindred EP

1. Kindred

2. Loner

3. Ashtray Warp

Loner en apéritif

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