8/10Boogers - As clean as possible

/ Critique - écrit par athanagor, le 12/03/2010
Notre verdict : 8/10 - Booge your mind (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 2 réactions

Nouvel album d'un artiste sortant d'on ne sait trop où, avec sa pochette à l'air de rien, As clean as possible de Boogers est en fait un album surprenant d'inventivité, à mettre en boucle toutes affaires cessantes.

Drôle de barbe, drôle de tête, puis drôle de son et finalement drôle d'album. Boogers (crottes de nez en argot US) a très certainement un réel talent pour écrire des titres à vous faire taper du pied. Ce talent, il le tire d'une multitude d'influences qu'il sait véritablement reprendre à son compte. Ainsi l'album démarre sur un titre sautillant qui rappelle les Weezer, nanti de paroles forgées au second degré. Puis arrive un titre entraînant et entêtant qui pourrait bien donner un tube, I trust you, sur un rythme de guitare/batterie samplées, sur laquelle se pose un flow très proche de The Streets. Puis vient I lost my lungs, qui, partant d'une base se rapprochant de Cake, se
résout dans un solution plus proche de The Police. Ainsi de suite, et quasiment jusqu'à la fin, Boogers enchaîne des chansons bercées d'une foule d'influences.

Mais le problème, dans un premier temps, c'est cette suite incessante d'influences. On entend celles citées plus haut, mais aussi par moments les Ramones, Madness, les Beastie Boys, Iron Maiden, The Strokes, Metallica, Etienne Daho, Walter Carlos, et une foule d'autres dont on ne connaît plus le nom, mais qu'on est sûr d'avoir déjà entendu. Malheureusement, on met beaucoup plus de temps à entendre Boogers. Pourtant il est là, et il faut bien s'accrocher sur 3 ou 4 écoutes pour commencer à l'apercevoir, et il se pourrait que beaucoup n'en ait pas la patience.

Un deuxième élément demande aussi de la patience, c'est le chant en anglais avec un accent doucement frenchy, si doux aux oreilles anglo-saxonnes, qui s'ébat dans ce qui semble parfois être une grammaire hasardeuse. Puis on rentre dans le jeu de l'artiste, en se souvenant des paroles de sa première chanson. Le tout passe alors complètement du bon côté de la barrière, mais de la même façon, il y faut un peu de temps.

Au détour de ces points, il y a des sursauts d'inspirations splendides, une vraie inventivité dans les breaks et l'utilisation de ses instruments, notamment les samples, et le tout est servi par une excellente production. Bref, musicalement, il y a assez peu à redire sur cet album qui marie à merveille complexité d'écriture et simplicité rock. Mais malgré tout, il restera ce qui pénalisera sûrement l'album, à savoir ce manque de cohérence immédiatement identifiable, qui risque de lasser, par ce trop plein d'influences diverses.

Toutefois, et somme toute assez étrangement, un seul morceau échappe totalement, à la fois au flot d'influences, et à l'identité même de Boogers
telle qu'on a réussi à se la représenter au cours des différentes auditions. Ce titre, le meilleur, le dernier, The devil, ne comporte pour seules paroles que « If you look upon my face, your are watching now the devil », sur un rythme simple et répétitif, parfois cabossé par des interventions de mix et augmenté en son milieu par une disto bien lourde. Puis le couplet reprend pour introduire ce qu'on pourrait d'abord croire être une intervention de Samuel L. Jackson dans un film sur l'esclavage. Mais en fait de cela, il s'agit d'un mix du prêche de Jeremiah Wright, baptisé « Confusing God and government », prononcé en la Trinity Church de Chicago le 13 avril 2003. Ce discours se terminait, après un long déroulement logique sur la politique intérieure et extérieure des Etats-Unis (et notamment en Irak), par un tonitruant « God damn America ! », qui n'a rien de choquant dans l'intégralité du prêche. Mais ce seul moment passé en boucle, notamment sur la Fox, en 2008 avait forcé Barack Obama a prendre position, Jeremiah Wright étant son ancien mentor spirituel et celui qui avait célébré son mariage. Non seulement, ce passage est génialement orchestré par Boogers, pourtant sans en faire des caisses, mais le simple fait de connaître l'origine de ce discours remet la phrase qui parcourt la chanson totalement en perspective. Véritablement, et ne serait-ce que pour ce seul moment d'art et de musique, il faut écouter cet album, et en espérer d'autres.

 

Boogers - As Clean as possible

01. Anywhere
02. I trust you
03. I lost my lungs
04. Put your head
05. Talk to Charlie
06. Someday
07. Perfect week
08. I wanna do it now
09. I'm sorry
10. The devil
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