9.5/10Bomb the Bass - Future Chaos

/ Critique - écrit par Dat', le 09/10/2008
Notre verdict : 9.5/10 - Sweet the Bass (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 2 réactions

Bomb The Bass revient avec un album apaisé, sublime, mélant parfaitement une pop angélique avec une électronique sourde et crade.

Bon, il parait que Bomb The Bass, fin 1980, a révolutionné son petit monde, faisant parti des premiers à introduire le Sampling dans ses compositions, donnant même un nouveau visage au Hip-hop et à l'électro anglaise. Grosses bombes Acid Techno, Hip-hop vrillé, Bomb The Bass a enflammé plus d'un tympan, avant de se taire au début des années 90, et de produire certains grands d'aujourd'hui, comme Neneh Cherry ou l'album Ultra de Depeche Mode. Bref, Tom Simenon est une petite légende, et une influence certaine pour un nombre incalculable de groupes actuels (les nerveux de dDamage lui ont d'ailleurs rendu hommage en reprenant l'artwork de Into The Dragon, réadapté par Raoul Sinier) Personnellement, malgré une prise journalière de musique électronique (par intraveineuse s'il vous plait), j'ai plus que loupé cette période. J'étais trop occupé à finir Battletoads et Cool Spot en écoutant Prodigy, ou finir mes devoirs avec du Dr Alban à fond dans ma chambre. C'était le bon temps, celui de l'insouciance, des cartables trop lourds, des parties de foot et des blagues téléphoniques. Mon chat s'est échappé à cette époque d'ailleurs, mais je soupçonne mon père de l'avoir enterré dans le jardin. Bref, tout ça pour dire que je n'avais pas l'âge de traîner en rave ou dans des sous-sols morbides en gobant des cachetons d'ecstasy, mais plutôt celui du pain au chocolat devant salut les musclés. Je savais bien que j'avais loupé quelque chose étant petit, mon traumatisme vient de là, merci Bomb the Bass.

Les retours façon faille spatio-temporelle, j'aime bien quand j'ai vécu le truc. Dix ans pour Portishead, accouchant au final d'un disque sublime, j'approuve. Huit ans pour Leila, qui nous balance un simulateur d'arrachage de coeur sur 60 minutes, je suis fan. Mais un mec que je ne connais pas vraiment et qui reviens quinze ans après avoir bousculé les premières sphères d'une musique électro festive, j'ai un peu peur. De me retrouver devant un truc un peu ringard, un peu cheap, un peu chiant avec des piiiiouuuu piiiouuuu et des ziioup ziioup. (Et dieu sait si j'aime ça, je dois être le seul à trouver cool le dernier Moby) En plus j'ai paumé le communiqué de presse, ce qui n'arrange pas les choses pour trouver des références.

The eraser

Mauvaise intuition : Ce nouveau disque prend à contre-pied les idées que je pouvais me faire de ce retour. Et se révèle être un vrai diamant. Derrière ce Future Chaos presque véhément se cache un album d'une beauté absolue, très pop, foncièrement électronique. Le mec semble d'ailleurs traumatisé par son passage chez Depeche Mode, vu que que ce disque n'en est parfois pas si éloigné, malgré un visage clairement plus électro. Tous les titres du disque accueillent un chanteur, avec la très belle voix de Paul Conboy (sur 5 morceaux), les Fujiya & Muyagi ou Mark Lanegan (ex Queens Of The Stone Age)

Tim Simenon, quand il etait petit
Tim Simenon, quand il etait petit
Le concept se cerne facilement, et cela dés le premier titre, Smog : Grosse ligne de basse, qui vrombit méchamment, chapeautant les choeurs de P. Conboy. Les Beats sourds se greffent à l'ossature, des nappes coulent en parabole, et le chanteur égrène d'une voix pas si éloignée d'un Thom Yorke (en plus grave) un texte plutôt mélancolique, seyant parfaitement à l'ambiance. Rien de spécial, pas d'explosion, pas de charge rythmique, pas d'esbroufe. On plane, on rêve, ça s'immisce dans vos synapses, c'est mi-sexy mi-malsain, un peu langoureux, un peu cradingue. Et pas mal de morceaux peuplant ce Future Chaos suivent cette démarche, à l'instar de Butterfingers, No Bones ou du sublimissime Hold Me Up, qui convoque les forces sacrées de chœurs spectraux, enveloppés dans un manteau synthétique à tomber à la renverse.

Bomb the Bass semble parfois avoir des difficultés à contenir ses vieux démons, et l'on sent une rage contenue tout au long du disque, tant dans les synthés ronflants comme des moteurs, ou certains beats plus appuyés. Assez drôle d'entendre sur Burn The Bunker un Tim Simenon qui refrène ses ardeurs, balançant une base en fusion semblant prête à exploser à tout instant. Ca prend le cœur, ça gronde, les couplets pleins de tensions préparent le terrain, on a l'impression de se retrouver dans une montée perpétuelle, précédant l'explosion libératrice, celle qui vous fait sauter dans tous les coins en levant les bras et en criant que la vie c'est super cool, surtout quand on vient de se prendre un camion sonore en pleine face. Que nenni, les chiens ne seront jamais lâchés, ils se contenteront de tempêter comme des damnés au bout de leur laisse. Le morceau se dérobe, nous laissant con, toujours dans cet état de tension, bousculé par un gros interlude qui secoue, qui fourmille, sans jamais éclater.

Old John jouera sur la même frustration / excitation, en plaçant marteler nos oreilles avec un gros pied techno, plus quelques zébrures saturées de rigueur. Attention point de lassitude en ces contrées, tant le tout est bien foutu, empli de surprises, de bugs et d'embuscades sonores. Car les morceaux du disque, sous leur apparence parfois méthodiques, ont toutes une propension à craquer, vriller, bugger. Les mélodies s'écrasent, les rythmes se décalent, s'embrasent, s'emballent. Il n'y aura bien que Fuzzbox pour partir dans une Drum & Bass presque noisy, avec des voix perlant de tout les cotés, saturées et passées au chalumeau.

Your Downfall

Mais c'est justement quand Tom Simenon accouple beauté pure et parasites électroniques que l'album en sort grandi, avec deux trois pop-song-experimentalo-idm de toute beauté. So Special évidemment, peut être plus belle excavation de ce Future Chaos, avec son début cristallin, devenant mirifique quand mélodies et rythmes choisissent de se tenir la main. Paul Condon (encore lui) chante d'une façon aussi sexy que désespérée sur un rythme rond, entraînant, imparable. Ce morceau pue les larmes et le foutre, c'est la bande son parfaite pour illustrer un vieux club de striptease décrépi, en fin de règne, là où des âmes perdent leur vie à sucer celles des autres. Cette pop sombre agrippe le corps et le cœur, s'immisce dans vos sinus, vous obligeant à dodeliner de la nuque en fermant les yeux et laisser vagabonder vos pensées sur des images plus ou moins inavouables. Un vrai petit chef d'œuvre.

Et comment ne pas parler de Black river, feat Mark Lannegan, ex Screaming TreesTim Simenon, maintenant qu'il est grand
Tim Simenon, maintenant qu'il est grand
& Queen Of The Stone Age ? Déjà car la voix, rocailleuse, profonde, tue sa maman en huit. C'est un fait. On entend ce mec, qu'on demande illico à la petite souris d'avoir le même organe à la prochaine dent perdue, pour pouvoir draguer tout le monde juste en parlant, et gagner plein de fric en collant son timbre grave sur des pubs débiles. Mais surtout parce que la chanson en lui-même ne s'embarrasse pas de fioriture inutile... on tient là le titre le plus direct, le plus simple de l'album, mais aussi le plus lumineux. On approche presque de la pop-song électro rêvée par pas mal de groupes : tout en apesanteur sans en chier des tonnes, belle sans devenir larmoyante, habitée sans être irritante. Equilibre parfait entre chant à tomber, nappes aériennes et beat cérébral.

Exit

Ce disque n'a rien de spécial. Il n'invente rien, n'apporte rien de nouveau, ne surprend pas des masses. Si l'on aborde le disque d'une façon rapide ou désintéressé, on ne pourra y voir qu'une enfilade de pop-song Technoïsées. Pourtant, tout y est effectué à la perfection. Tel un venin, chaque morceau vous monopolise durant une journée entière. On y renvient sans réellement y penser, si seulement on se donne la peine d'être dans les meilleures dispositions possibles. Simple aide pour sauter dans état d'inconscience salvateur ou véritable arme de la tranquillité absolue, ce Future Chaos se révèle être un vrai bonheur.

Bonheur sombre certes, difficile d'accès, torturé aussi... Mais impeccable dans son envie de nous faire trembler les intestins, de nous filer des fourmis dans la nuque, tout en nous embuant le cerveau d'une mélancolie incessante. Sublime.

Bomb The Bass - Future Chaos
01. Smog
02. Butterfingers
03. Old John
04. Burn The bunker
05. So Special
06. No Bones
07. Black River
08. Hold Me Up
09. Fuzzbox

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