Le rock indépendant compte une référence : Jon Spencer Blues Explosion. Composé de Russell Simins (batterie), Judah Bauer (guitare) et... Jon Spencer lui-même, qui prête sa voix à chaque exploit scénique. Le groupe new-yorkais a décidé de se rebaptiser plus simplement Blues Explosion afin d'exposer ses trois membres sous les feux des projecteurs. Déjà auteurs d'excellents albums comme Acme ou Now I got worry, le trio restait sur un Plastic Fang trop juste, trop conventionnel, pas assez JSBE. Ce dernier restant l'ultime création depuis deux ans, on pouvait se faire du souci pour Damage... C'était sans compter sur le formidable pouvoir d'innovation que le groupe n'a cessé de prôner depuis quatorze ans. Et la première écoute dissipe les moindres doutes car la qualité explosive est bien présente.
Indie, bluesy et funky Explosion
Suite à l'échec de leur dernière production, Blues Explosion s'est senti obligé de renouveler son environnement musical. L'arrivée de producteurs versant plutôt dans l'électro, le rap et le jazz donne une saveur particulière qui se ressent immédiatement dans l'album. Au beau milieu du foutoir perpétuel qui caractérise Blues Explosion, la surprise n'existe même plus car jamais deux morceaux successifs n'auront la même trame. A la fois doux et agressif, c'est Jon Spencer qui domine son sujet sur Damage, arguant de son grain de voix spécialement pour toucher du doigt à la perfection sur une très grande partie de l'album. Et à croire que l'interprète représente le baromètre du groupe, ses deux compères sont le parfait reflet de l'humeur de l'instant.
Brièvement, je tiens à préciser que le nom du groupe marque une réticence aux yeux de certains à cause du mot « blues »... il n'en est rien ! Blues Explosion tient du rock indépendant pur et dur dans la grande majorité de sa discographie, avec des accents touche à tout (et effectivement bluesy). Alors d'où vient ce nom ? Tout simplement, il ne tient qu'à voir le groupe lui-même, avec son leader qui représente en quelque sorte une espèce indéfinissable et en voie de disparition. Entre dandy classe évoluant dans un état d'esprit prisant une totale liberté et kangourou énervé bondissant aux quatre coins de la scène, Jon Spencer ferait pâlir le chanteur de Dionysos par son énergie.
« Democracy... I don't believe in »
Comme le suggère la phrase en gras, l'anarchie règne parfois chez Blues Explosion. Là où des artistes restant sur un échec auraient décidé de mettre les bouchées doubles en remplissant de titres leur album suivant, BE revient avec un album plus court. Douze titres à commencer par l'éponyme Damage. La fausse coolitude de l'intro révèle en fait un titre qui s'emballe rapidement avec un batteur devenu incontrôlable. Une musique électronique vient se greffer subtilement, entrecoupant sévérement le rythme.
Immédiatement, le déboussolant Burn it off ne met en avant rien d'autre que les deux instruments plus puissants que jamais avant de retomber dans un Spoiled, vraiment détendu pour le coup mais sans véritable relief. C'est scientifique, le très inspiré Crunchy provoque immanquablement des mouvements de tête de haut en bas par sa légèreté. Irrémédiablement, la suite est totalement antagoniste lorsque Chuck D de Public Enemy vient prêter sa voix à Hot Gossip pour un morceau beaucoup plus sombre, qui reste comme l'un des tout meilleurs.
Voix trafiquée et riff du tonnerre, c'est la mode du moment et Blues Explosion n'y échappe pas notamment pour You been my baby. Innovant comme toujours, le second dégage même une connotation bluesy frissonnante avant de tomber dans un étonnant instrumental (Rivals). Les quatre derniers morceaux font revivre le désormais enterré JSBE. Entre délire artistique dantesque sur lesquels Spencer devient crooner (Help These Blues), emballage musical énervé digne de Now I got worry (avec le déjà culte Fed up and low down), dominante électro (Rattling) et un Blowing my mind renversant, JSBE réalise de petites perles aux genres variés.
JSBE a réussi son retour avec Damage. Avec son expérience et l'apport de nouvelles sonorités, le trio en ressort grandi car il a su conserver son aspect original, son ton particulier. A écouter sans hésiter même si Acme reste la référence pour moi.
Blues Explosion - Damage
01. Damage
02. Burn it off
03. Spoiled
04. Crunchy
05. Hot gossip
06. Mars, Arizona
07. You been my baby
08. Rivals
09. Help these blues
10. Fed up and low down
11. Rattling
12. Blowin' my mind
juro []

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