Le philosophe disait, un jour, que la meilleure façon d'aborder la musique était de la découvrir en concert. Evidemment, au prix où sont les concerts ma bonne dame, rajoutait le philosophe, cette façon de voir est loin d'être la principale. Mais, parfois, les circonstances font qu'on peut se rendre à un concert sans connaître plus que par le biais de quelques vidéos mal filmées sur Dailymotion. C'est ainsi que je découvris Blue Man Group. Certes les hommes en bleu (rien à voir avec une célèbre pub) ne sont pas facilement classables dans la catégorie musicien, puisqu'ils sont un groupe artistique étasunien, composé de 38 membres séparés en 7 troupes. Excusez du peu ! Le terme de groupe artistique s'applique parfaitement puisqu'il s'agit autant de musique que de performance théâtrale. Cette critique s'appuie sur la tournée How to be a megastar venue poser ses marques à la Halle Tony Garnier, à Lyon, pleine à ras bord pour l'occasion.
Aloan

Aloan ? What else ?Mais avant toute chose, comme dans tout concert qui se respecte un peu, il faut parler de la première partie. En ouverture, blottis sur le rebord de la scène (la machinerie du Blue Man Group se tapit derrière un grand rideau blanc, laissant à peine trois mètres devant), un groupe genevois, Aloan, va ouvrir le bal. A peine les premières notes jouées, le parallèle avec Portishead est assez évident, avec un trip-hop entraîné par une chanteuse à la voix rocailleuse et chaude, semblable à celle de Beth Gibbons. Les morceaux s'enchaînent, le public semble conquis par ce très agréable groupe et cette chanteuse charismatique. Sur une reprise de Feeling Good de Nina Simone, une voix ragga vient s'inviter pour donner encore plus de relief à cette fabuleuse chanson. Par contre, la suite du concert sera complètement vampirisé par ce flow incongru et plutôt saoûlant à la fin. Aloan, un moment de pure magie complètement gâché.
Blue Man Group, côté musique

Hard rauque !Des ombres s'agitent derrière le rideau, la musique zigzague, un synthé, quelques percus. Le public est chauffé à blanc, enfin autant que faire se peut pour un simple spectacle. Le rideau tombe, dévoilant une scène absolument terrifiante. Des percus en veux-tu, en voilà (une batterie, deux sets de percus et des fûts en métal), des synthés, un tambour monté sur trampoline, une guitare ouvert exhibant ses entrailles. Et devant trois mecs habillés de noir et la tête peinte en bleu qui montent un rythme en tapant sur des tuyaux. Mais déjà le spectacle prend le pas sur le concert, les trois Blue Men s'amusent, le public rit de leurs pitreries. Et la musique passe en fond, même si les autres membres du groupe viennent prendre place sur scène : avec deux guitaristes et un bassiste, ils ne sont pas moins de 10 sur scène, 11 avec la chanteuse qui vient placer quelques vocalises sur certaines chansons (comme sur le célèbre I feel love). Musicalement, c'est un ensemble de plein de choses, electro évidemment, techno des premiers âges, hard rock sur quelques solos lâchés un peu pour la galerie, jusqu'au disco. Pour ce spectacle, on y aura même rencontré Piaf avec une vie en rose reprise par la foule et Gainsbourg avec un Je t'aime moi non plus terriblement sexy. Ce spectre élargi rend le style indéfinissable et surtout incritiquable, passant du superbe au dispensable d'une chanson sur l'autre.
Blue Man Group, côté spectacle

Dualité onde-corpuscule ?En réalité, on se moque un peu de la musique qui est à peine plus qu'une justification du spectacle : les Blue Man Group veulent devenir des superstars de la musique et doivent entraîner leur public avec eux. Pour cela, ils acquièrent le Manuel du Concert de Rock qu'ils vont faire découvrir au public, et en français s'il vous plaît, le show étant entièrement traduit dans la langue de Molière. Ce dernier apprendra à sauter, à hocher la tête en cadence ou encore à crier en levant les bras. Lancers de médiators, de baguettes de batterie, de marshmallows au lance-pierre, tout est bon pour jouer avec le public. Certains privilégiés iront même jusqu'à faire partie du spectacle en montant sur scène ou en se laissant filmer au plus profond d'eux mêmes ! Mais c'est sur scène que se passe la plus grande partie du spectacle. Voir les Blue Men faire de la musique avec des tuyaux en plastique est quand même une expérience, mais ce n'est rien par rapport au visuel. Visuel sur les trois écrans qui diffusent des clips, parfois en image de synthèse, parfois réels. Des écrans digitaux de partout s'allument, s'éteignent, diffusent des messages. Les musiciens s'habillent de lumières, les Blue Men viendront avec de bien étranges appareils, type Matrix ou encore affublés d'une télé en guise de tête.
Tellement de choses à voir, tellement de choses à dire que cette critique pourrait ne jamais s'arrêter. Mais une chose est à retenir, voir le Blue Man Group est une expérience musicale, mais surtout visuelle assez extraordinaire, et on n'avait pas été autant bluffé devant tel spectacle depuis Ez3kiel. OK ça ne fait pas longtemps, mais ces deux concerts sont, visuellement parlant, à des années-lumière de tout ce qui se fait habituellement. Et même si la place reste assez chère, le spectacle en vaut la chandelle !

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