Blitzen Trapper + Two Gallants - Concert à la Maroquinerie - 26/11/2007

/ Compte-rendu de concert - écrit par arth, le 28/11/2007

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Une soirée magnifique mes amis. J'en sors troublé, toujours dans cette rue de Ménilmontant toujours plus glacée.

Soir d'hiver. Glacial Ménilmontant. Alors que les Têtes Raides présentent leur prochain album à la presse au dessus de nos têtes, l'Amérique nous subjugue à la cave. D'un coup, l'anti-américanisme français n'est qu'un vieux souvenir sans sens. Pour ouvrir la fanfare d'un 4 juillet déplacé aux oubliettes, Blitzen Trapper, un groupe de l'Oregon, un groupe d'anciens ados fans de Woodstock.

 

Blitzen Trapper
Blitzen Trapper

Mine de rien, le band, car enfin je retrouve une raison d'appeler un groupe un band, arrive. Défilé capillaire cheap des 70's, des bouclés, des pattes, des t-shirts délavés, inconnus au bataillon, je n'attends rien du groupe, j'ai un peu peur même d'entendre des chansons délavées comme leurs t-shirts comme un mauvais groupe d'hippies complètement oublié. Pourquoi tant d'a priori ? Parce que les surprises sont toujours plus excitantes après vérification.

Comme n'importe quel petit groupe américain et sincère, ils sont heureux d'être là, à Paris. Un coup d'harmonica ouvre les vannes. Un flot de rock 70's déferle, une merveille. Le guitariste reprend tout ce qui a fait le succès d'Hendrix, modérément et « modernement ». Le tout sonne incroyablement bien. Beaucoup d'adverbes, c'est l'effet surprise. D'une ballade à une crachée de poussière, Blitzen Trapper fait l'unanimité. Le jeune groupe envoie du lourd, mes oreilles frémissent. Une intelligence de cuisinier, incorporer une touche moderne, plus accessible, à des influences très marquées. Les disques des parents ont du beaucoup tourner avant que le bassiste ne se laisse pousser la moustache.

Blitzen Trapper, un groupe qui comblera le vide de Woodstock de toutes les personnes nées après 1969. Un lot de consolation qu'on ne peut refuser.

Two Gallants, du sang et de la sueur
Two Gallants,
du sang et de la sueur

Après la surprise, l'exemplaire. Two Gallants. Deux maigres adultes sales. Jeans troués, chemises à carreaux, West Coast, San Francisco. Two Gallants c'est avant tout des musiciens incroyables dont les talents techniques servent l'extrême mélancolie de leur expression. Une combinaison quasi parfaite. La musique des Two Gallants vient des profondeurs de l'Amérique. Des jours gris et pluvieux passés dans une cahute en préfabriqué où les seuls gagne-pain de la maison sont des compétences limitées en mécanique et un élevage porcin de huit têtes. Je reviens. Sublimés d'un troisième album dans la lignée des deux premiers (The Throes et What the Toll Tells), toujours autant d'aspérités, de tremblements, de larmes tirées par un son d'harmonica, ils ouvrent sur Two Days Short Tomorrow et Despite What You've Been. Toujours de longues introductions jusqu'à l'accord qui fait percuté le public, Adam et Tyson jouent avec nos glandes lacrymales. Adam et sa voix d'une mélancolie troublante. Tyson et son jeu très impressionnant, anarchique et terriblement expressif, sentimental, ses frappes sont des mots sans lettres qui marquent des émotions indescriptibles. « Une tuerie » dans le jargon. Reflecions of the Marionette, Long Summer Day, Seems Like Home to Me. Des paroles elles aussi troublantes. Two Gallants ne va que dans un sens, ne s'écarte pas du chemin qu'ils ont ouvert chez moi pour la première fois avec Steady Rollin' et Waves of Grain. C'est le même grain, la même sensation. Pas d'expérimentation, pas de surprises. C'est une chose. Une chose qui fait vlan dans la gueule dès les premières notes de chaque chanson.


Deux rappels, deux raisons de les applaudir avec insistance. Adam dédicace timidement une chanson à leurs parents présents dans la salle. Une délicatesse enfantine qui me touche. Plus tard la mère de Tyson lui apportera son manteau en lui disant « il ne faut pas que tu prennes fois mon chéri ». Lui gêné comme un gamin de dix ans s'excusera et nous laissera béat de tendresse.

Une soirée magnifique mes amis. J'en sors troublé, toujours dans cette rue de Ménilmontant toujours plus glacée. Cette fois ci mes yeux ne sont plus humides à cause du froid, sans rentrer dans un cliché. Retour à Paris, retour à ce lundi 27 novembre 2007. Des fantômes qui me murmurent encore qu'ils viennent de l'ancien temps...


Plus de photographies des deux groupes sur A Kind of Work.

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