
María Malibran
(par François Bouchot - Musée du Louvre)
Si le nom de María Malibran ne vous dit probablement rien, sachez pourtant que cette cantatrice est sans doute la première star internationale de l’histoire de l'opéra pour ne pas dire de la musique. Autre temps, autre étoile, Cecilia Bartoli qui aime à fouiner dans les répertoires oubliés, après s’être récemment consacrée à Vivaldi, Gluck, Salieri ou aux compositeurs interdits par le Vatican, redonne vie à cette chanteuse au destin fulgurant.
Née en 1808 dans une famille de chanteurs d’opéra, cette espagnole plutôt frêle, fille d’un célèbre ténor andalou, Manuel de Pópolo Vincente García, crée un émoi pour ne pas dire une réelle ivresse aussi bien en Europe qu’en Amérique, non seulement en raison de son chant envoûtant, son interprétation dramatique mais également par une réelle liberté de pensée et un mode de vie non conventionnel qui ont modifié la place et l’image de l’artiste dans la société.

María MalibranAprès des débuts précoces, huit ans, aux côtés de son père, c’est sa rencontre avec Gioachino Rossini (1792-1868) qui devient un intime de la famille García et qui accélère son ascension avec des personnages riches comme Rosina (son premier rôle en 1825, qui lui permet de remporter un triomphe à Londres), Cenerentola, Semiramide, etc. mais surtout Desdemona dans Othello. Après le premier succès londonien, les García partent à l’assaut de l’Amérique et de la scène musicale new-yorkaise, encore balbutiante.
Un mariage avec un négociant français de presque trente ans son aîné, des relations tendues avec son père, et c’est à Paris qu’on la voit réapparaître pour devenir rapidement incontournable. A tout juste vingt ans, elle est célébrée par George Sand, Lamartine ou Musset, soutenue par le général Lafayette, défiée par Paganini alors que la presse s’entredéchire à son sujet.

Cecilia Bartoli (par Uli Weber)Elle s’éprend du violoniste belge Charles de Bériot et se met en ménage avec lui (alors qu’elle est toujours mariée) devenant icône du romantisme pour certains, la haute société lui fait pour sa part chèrement payer cet écart, l’obligeant plus ou moins à quitter la France où elle ne se produira plus, n’y retrouvant des éloges qu’à titre posthume. Qu’importe puisque l’Italie, l’Angleterre et la Belgique prennent le relais.
C’est à cette époque qu’elle interprète des rôles signés Vincenzo Bellini (1801-1835) qui correspondent mieux à la nature même de sa voix. Elle devient une figure emblématique de ce nouveau pays d’accueille, défendant becs et ongles, musique et liberté. Éprise de sensations, on la voit régulièrement conduire elle-même les chevaux de son attelage, reléguant dans la voiture ses valets…
Cachets exorbitants, frasques en tout genre, le public et la presse se passionnent pour sa vie, son œuvre ; les peintres et les poètes lui rendent hommages. Devenue en 1936 María de Bériot, elle fait alors qu’elle est enceinte, une chute de cheval dont les conséquences entraîneront sa mort, quelques mois plus tard, laissant derrière elle, une scène sous le choc. Un personnage qui ne pouvait qu’intéresser Cecilia Bartoli.

Cecilia Bartoli (par Uli Weber)Qualités vocales sans conteste qui couvrent trois octaves, des intervalles larges qui traduisent une réelle agilité, la cantatrice italienne a fait énormément de recherches pour retrouver un type de voix (seria, buffo, contralto), une conduite tout à fait particulière, étudié les partitions, les sonorités d’instruments, le ‘la’ étant à l’époque fixé à 430 Hz et non 440 Hz comme nous le connaissons aujourd'hui.
Epoque romantique, bel canto italien, c’est la naissance des mezzo-soprano qui supplantent les castrats. S’appuyant sur son expérience de la musique classique et baroque, Bartoli redonne ainsi vie à ce répertoire constitué notamment d’œuvres de Bellini. On retrouve ainsi ce charme et cette énergie débordante qui la pousse toujours un peu plus dans le souci du détail, la précision de la diction qui n’en garde pas moins une souplesse, une légèreté. Une évidence qui en ferait presque oublier la difficulté technique.
Un album qui fait plus que jamais figure d’événement par son caractère historique. A noter une impressionnante édition "deluxe" qui nous faire dire que le cd n’est peut-être pas encore mort !
Bartoli (Cecilia) – Maria
01. Se un mio desir…Cedi al duol (Irene o l'assedio di Messina)
02. Ira del ciel (Irene o l'assedio di Messina)
03. Cari giorni (Ines de Castro)
04. Infelice
05. Yo que soy contrabandista
06. Ah! Non credea mirarti (La sonnambula)
07. Ah! Non giunge (La sonnambula)
08. Air à la tirolienne avec variations
09. E non lo vedo…Son regina (La figlia dell'aria)
10. Rataplan
11. Dopo tante e tante pene
12. O rendetemi la speme…Qui la voce (I Puritani)
13. Vien, diletto (I Puritani)
14. Come a me dolce favelli (Clari)
15. Scorrete, o lagrime (Amelia ovvero otto anni)
16. Prendi, per me sei libero (L'elisir d'amore)
17. Casta diva (Norma)
Discographie (sources : amazon.fr)
Maria (Decca / 2007)
Opera Proibita (Decca / 2005)
Mozart: Requiem Bicentennial Performance (DVD) (Decca / 2004)
A Portrait (DVD) (Decca / 2004)
Gluck Italian Arias (Decca / 2003)
The Salieri Album (Decca / 2003)
The Collection (A Portrait, Live In Italy, La Cenerentola) (DVD) (Decca / 2003)
The Art Of Cecilia Bartoli (Decca / 2003)
Rossini: La Cenerentola (DVD) (Decca / 2002)
Live In Italy (DVD) (Decca / 2002)
Rossini Cantatas Vol.2 (Decca / 2001)
The Vivaldi Album (Decca / 2001)
Handel: Rinaldo (Decca / 2001)
Mozart : Mitridate (Decca / 2001)
Cecilia & Bryn (Decca / 2000)
Live In Italy (London / 1998)
Rossini: Il Turco In Italia (Decca / 1998)
An Italian Songbook (London / 1997)
Haydn: Orfeo et Euridice (Decca / 1997)
Chant d’Amour (Decca / 1996)
Cecilia Bartoli: A Portrait (London / 1995)
Mozart : La Clemenza Di Tito (L'Oiseau-Lyre / Decca / 1995)
Mozart Portraits (London / 1994)
Rossini: La Cenerentola (Decca / 1993)
Puccini: Manon Lescaut (Decca / 1993)
Pergolesi: Stabat Mater, Salve Regina (Decca / 1993)
Rossini Heroines (Decca / 1993)
Mozart : Requiem K626 (London / 1992)
Rossini Recital (Decca / 1991)
Mozart Arias (London / 1991)
Rossini: Il Barbiere Di Siviglia (Decca / 1989)
Rossini Arias (Decca / 1989)
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