9/10Arcade Fire - Arcade Fire EP

/ Critique - écrit par Danorah, le 04/07/2005
Notre verdict : 9/10 - Flamboyant (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Une excellente introduction au monde lumineux et coloré d'Arcade Fire, à ses instrumentations exaltées, et à ses chants fiévreux et habités.

Suite à la sortie fracassante en Europe de Funeral, premier album du groupe canadien Arcade Fire, une réédition de leurs premières compositions était devenue plus qu'indispensable. Voilà qui est fait, avec cet EP réunissant sept titres datant de 2002. Pas d'entourloupe, ces sept chansons sont bien des compositions à part entière au caractère bien affirmé, et pas un ramassis de vieilles démos inaudibles destiné à engranger de l'argent plus qu'à satisfaire les auditeurs.

Evidemment, l'idée qui vient immédiatement à l'esprit à l'écoute de cet EP, c'est d'établir des comparaisons avec Funeral. Soit, débarrassons-nous tout de suite de cette tâche fastidieuse : moins galvanisant, moins enfiévré, moins survolté, moins écorché vif, plus posé, plus mélancolique, plus varié, plus accessible. Et tout aussi enthousiasmant, riche, instrumentalisé, habité, vivant et touchant. Voilà tout ce qu'est - et n'est pas - cet EP. Mais il serait dommage de s'en tenir aux comparaisons sans chercher à examiner l'oeuvre en elle-même, qui regorge de trouvailles et d'inventivité.

Dès la première chanson, aucun doute n'est permis, c'est bien à du Arcade Fire que l'on a affaire : une introduction très riche, accompagnée d'un accordéon, un thème prenant, prêt à s'ancrer profondément dans votre esprit, et la voix, reconnaissable entre mille, de Win Butler. Le décor est planté, Old Flame est une chanson typique - et magnifique - de Arcade Fire, avec ses embardées rythmiques, son chant théâtralisé et son instrumentation opulente. De même, l'excellente Headlights Look Like Diamonds et son thème chanté imparable, énergique, atteint presque le caractère enfiévré de Power Out ou de Wake Up dans Funeral. (Les comparaisons sont décidément inévitables...) Mais cet EP contient aussi des surprises : des titres teintés d'une douce mélancolie, tels que The Woodlands National Anthem, chanté par une Régine Chassagne à la voix un peu trop criarde et à la justesse encore mal assurée, ce qui déçoit légèrement au vu de la qualité de la mélodie, et - on ne le répétera jamais assez - de l'instrumentation, relativement sobre, de cette chanson. My Heart Is An Apple est elle aussi empreinte de mélancolie, mais sa construction se fait plus osée, en deux parties (la première, assez classique, chantée par Win, cesse brusquement dans des chants d'oiseaux qui se marient merveilleusement bien à la voix haut perchée - et juste, cette fois - de Régine, avant de reprendre avec un joli crescendo final et de s'achever dans un élégant point d'interrogation). De I'm Sleeping In A Submarine, court titre durant à peine trois minutes, on retiendra peu de chose, si ce n'est que décidément, la voix de Régine a bien progressé entre cet EP et Funeral, et on ne peut que s'en réjouir.

Restent les deux chansons les plus longues, et peut-être les plus abouties, que sont No Cars Go et surtout Vampires/Forest Fire. La première invite à nouveau un accordéon pour soutenir son entraînant thème instrumental, et des interjections se joignent au chant et aux instrument pour créer une atmosphère enivrante, qui gagne en volume tout au long des six minutes que dure la chanson, pour atteindre son paroxysme dans les deux dernières minutes. Grisant... Il est temps maintenant d'aborder le dernier et le plus intéressant des sept morceaux : Vampires/Forest Fire est certainement le titre le plus surprenant de cet EP. Débutant la chanson de manière assez convenue, la voix de Win se fait presque sirupeuse et prend des accents pop, mais détrompez-vous, l'heure n'est pas à la ballade niaise et pleine de mièvrerie ; la mélodie sait se faire touchante et le refrain constitue la première surprise de cette chanson, puisqu'il est accompagné de discrets samples électroniques, qui, loin d'accentuer le côté pop, lui donnent plutôt un aspect lumineux et détournent la chanson de son caractère langoureux et suave. Puis, lorsque l'on pense avoir tout entendu, un piano fait son apparition et relance la composition de la plus belle des manières, utilisant les rythmiques asymétriques qui ont fait le succès de Coldplay, mais de manière tellement moins aseptisée et convenue !... Un réel plaisir pour les oreilles, que les musiciens prolongeront dans un ultime crescendo magistral (technique qu'ils maîtrisent décidément à merveille) avant de clore définitivement cet EP.

Ajoutez à tout cela un artwork magnifique (n'oublions pas qu'il ne s'agit que d'un EP) qui nous gratifie même d'un mini-poster contenant - ô miracle - l'intégralité des paroles, lisibles par-dessus le marché, et vous comprendrez que The Arcade Fire, ce n'est pas simplement de la musique, c'est un style qui forme un tout cohérent, tant au niveau musical que globalement artistique.

Moins difficiles d'approche que Funeral, moins torturés, ces sept titres constituent une excellente introduction au monde lumineux et coloré d'Arcade Fire, à ses instrumentations exaltées, à ses chants fiévreux et habités et à ses compositions toujours très personnelles. Si vous avez aimé Funeral, vous ne pourrez qu'apprécier cet EP. Si vous ne connaissez pas encore The Arcade Fire, n'hésitez pas à vous jeter dessus, vous n'en reviendrez pas !


Arcade Fire - Arcade Fire EP
01. Old Flame
02. I'm Sleeping In A Submarine
03. No Cars Go
04. The Woodlands National Anthem
05. My Heart Is An Apple
06. Headlights Look Like Diamonds
07. Vampires/Forest Fire

A découvrir
Slipknot - Iowa
Slipknot - Iowa
Artsonic - Interview
Artsonic - Interview
Radiohead - L'intégrale
Radiohead - L'intégrale