8/10AqME - La Fin des Temps

/ Critique - écrit par Filipe, le 18/10/2005
Notre verdict : 8/10 - Un temps nouveau... (Ecrivez votre critique)

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Un an pratiquement jour pour jour après la sortie de leur deuxième album, Polaroïds & Pornographie, et malgré une tournée 2004-2005 de plus de quatre-vingt dates (comprenant des passages par le Printemps de Bourges, les Solidays ou encore le Furia Sound Festival), le groupe AqME a donc trouvé le moyen de composer un nouvel album, puis de l'enregistrer en une trentaine de jours étalés sur une période de trois mois. Pour cette dernière étape, le groupe ne s'est pas envolé pour la Suède. Il a remercié Daniel Bergstrand et s'est enfermé à Paris en compagnie d'un nouveau producteur, Steve Prestage (celui de Black Sabbath, Peter Gabriel et De Palmas). Chaque sortie est un nouveau tournant dans l'histoire d'un artiste ou d'un groupe. Ceci est d'autant plus vrai pour un quatuor comme celui d'AqME, qui cultive et revendique son originalité sur la scène française depuis ses tout premiers balbutiements. Tendons l'oreille à cette lecture de la Fin des Temps selon AqME, et sachons entrevoir ce qu'ils retiennent de leurs jours heureux.

Les trois premiers chapitres de l'album correspondent à ce dont Koma, Charlotte, Ben et Etienne nous ont habitués par le passé : des morceaux d'une noirceur absolue, aux titres évocateurs (Ténèbres, Des Illusions, La Fin des Temps), une alternance entre passages lents et typiquement "métal", des textes sans rimes à la fois audibles et compréhensifs. Ceux de La Fin des Temps ont particulièrement été soignés. Une Vie pour rien a la malchance de se retrouver encadré de titres de qualité supérieure, ce qui m'incite à lui reprocher son manque de personnalité, tant au niveau de la voix que de l'instrumentation. Le morceau suivant, Ainsi soit-il, est à la fois le plus long et le plus évolué de l'album. Son introduction guitare/voix est à tomber. La suite est un peu plus brutale, bien qu'elle repose en partie sur le détournement de textes religieux. Le titre s'achève sur un solo de guitare et des effets de voix rivalisant de beauté. Quant au titre Une dernière Fois, il est en tout point comparable à son glorieux prédécesseur et constitue avec lui la plateforme centrale de cet album. Je n'ai rien à redire quant à sa brillante introduction, exécutée en toute légèreté, et sa dérive progressive vers des sonorités plus "métallisantes". En revanche, je reste un peu sur ma faim avec Pas assez loin. Les "oh-oh-oh" du chanteur ne me font aucun effet. Je n'accroche pas un instant au motif musical proposé. Sa structure est assez similaire à celle de Une Vie pour rien. Le titre porte assez bien son nom en fin de compte... Cette petite déception est rapidement compensée par les quelques perles qui concluent ce nouvel album. Je retiens de Rien au Monde ses textes ultra personnels et les vocalises post-traumatiques de Koma, dictées par la perte d'un être cher. Je garde en mémoire ce jeu de guitare qui ne décolle pas et ces enchaînements de batterie qui ne se sont jamais faits aussi discrets. L'émotion est à fleur de peau. Je m'incline également devant Le Poids des Mots et La Belle Inconnue, deux titres qui ont été composés dans la même veine "AqMEsienne" qu'autrefois et qui font écho aux trois hymnes du début. Ce final est une aubaine pour les adeptes de la première heure ! Les autres se consoleront avec les morceaux qui précèdent, qui constituent d'après moi le noyau dur et la raison d'être de cet album. Le véritable disciple ne se posera pas tant de questions et adhèrera sans aucun doute à l'ensemble proposé. Pour ma part, j'accorde toute ma sympathie et mes encouragements à cet album, dont la teneur et la polyvalence m'ont laissé sans voix. Je ne me fais aucun souci quant à son avenir sur scène.

Il serait peu judicieux de comparer ce troisième album à ses prédécesseurs. Résultat d'une simple remise en cause ou d'une nouvelle orientation artistique, cette Fin des Temps s'applique-t-elle vraiment au groupe ? L'avenir nous le dira. Cet album relève à coup sûr d'un genre nouveau. Dans tous les cas, AqME confirme sa réputation de groupe à contre-courant, ne reculant devant aucun pari. Pas même celui de vouloir adoucir son répertoire, en produisant par moments un rock nettement plus traditionnel que celui auquel il nous avait habitué. Les thèmes abordés (le décès d'un proche, la rupture amoureuse, la fin d'un rêve...) assombrissent la couleur générale de cet album. La sensation de malaise provoquée est accentuée par l'alternance entre morceaux longs (Rien au Monde - 7'24'', Ainsi soit-il - 9'02'') et courts (Le Poids des Mots - 2'38'', Une Vie pour rien - 3'49''). "AqME ne fait pas semblant. N'a pas peur de ce qu'il a dans le ventre. Quitte à s'éloigner encore un peu plus de la norme et de ce que l'on attend aujourd'hui d'un groupe de Rock français." Cette Fin des Temps semble donc une excellente chose pour la scène rock/métal à la française.


01 - Ténèbres
02 - Des Illusions
03 - La Fin des Temps
04 - Une Vie pour rien
05 - Ainsi soit-il
06 - Une dernière Fois
07 - Pas assez loin
08 - Rien au Monde
09 - Le Poids des Mots
10 - La Belle Inconnue

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