Il n'est pas rare d'attendre la reformation d‘un groupe culte pendant des années, en priant tous les deux jours en tremblotant, n'hésitant pas à lâcher un "c'était mieux avant" dès qu'une radio s'allume et vous agresse avec un torrent de tubes grinçants. Car depuis 2002, et cette triste séparation après un affolant Arrythmia sorti sur Warp, petit chef d'œuvre d'electro-hip-hop complètement fracturé mais gardant toujours une facette accessible et jouissive, on attendait presque les larmes aux yeux un retour hypothétique de la formation Antipop Consortium. Investigateur d'un hip-hop bourré de prises de risques, de rythmes incroyables, de séquences hallucinées et idées peut être trop raides, pour l'époque, le groupe n'aura acquis son aura culte que bien après la sortie de leur précédent disque.
Alors quand, l'année dernière, APC repart en tournée avec des morceaux inédits, et lâche en interview des infos sur un nouvel album, signe sur Big Dada, le web s'enflamme, les espoirs nécrosés renaissent de leurs flammes, le messie est là pour filer un coup de balais sur nos humeurs ô combien nostalgiques, nous n'avons même plus peur de la fin du monde programmée en 2012 par Roland Emmerich.
Disconnect
La première chose qui frappe en ayant le disque dans les mains, c'est bien l'allure folle de la cover. L'artwork est beau, pas d'autre mot. Mark Evans, que je ne connaissais pas (mais qui a l'air d'être un gros nom dans l'illustration SF) opère une refonte particulièrement réussie de l'habituel logo du groupe, petit bonhomme à la tête enflammée.

Antipop ConsortiumLes gars d'Antipop Consortium avaient promis un disque "What The Fuck ?" (sic) pour ce Fluorescent Black. Et c'est effectivement une phrase que la majorité des gens vont lâcher en parcourant la galette de leurs attentifs tympans : Les New Yorkais s'amusent avec les changements de rythmes et les ruptures, en proposant un morceau punk harcore qui va muter en hip-hop parfait (Lay Me Down), une base déstructurée qui va filer vers des analord-eries lunaires (New Jack Exterminator), un hip-hop jouissif qui vrille en rockabilly (Reflections) ou un trip tribal mâtiné de psychotropes qui se conclue en tunnel techno halluciné (Timpani).
Heureusement, Antipop Consortium ne se base pas systématiquement sur ces ruptures soudaines, et déroule souvent une recette reconnaissable entre mille pour les amateurs du groupe : des morceaux simples, basés sur une boucle de folie. Un faux minimalisme balayé par la construction même du titre. Si la boucle répétée est rarement progressive, elle n'en sera pas moins souvent complexe, hypnotique, ultra-électronique et comme de coutume, imparable. Bref, une bonne ribambelle de morceaux compacts typiquement marqués du sceau APC se pressent tout au long de ce Fluorescent Black, entre Mpc qui crache ses tripes et refrains lymphatiques qui s'impriment direct dans le cortex.
De l'énorme Shine, se terminant sur une partie chantée magistrale, au frénétique et saturé Get Lite, en passant par le passage à tabac Volcano, l'évident Capricorn One, l'experimental Superunfrntable ou le déstructuré et saccadé Apparently, on n'a point fini de sauter dans tous les sens, la nuque pliant sous les assauts rythmiques.
Polar Bear Digital
Dans le genre, impossible de passer sous silence le superbe End Game peut être le meilleur morceau du disque, tout du moins dans le trio de tête. L'intitulé l'annonce presque : C'est la fin du jeu, avec ce titre, APC fait trop mal, il faut faire ses valises. Pourtant, dans End Game, il n'y a rien ou presque. En simplifiant la description, les Mc se retrouvent presque acapella, l'instrue se limitant à quelques effets et beats jetés ici et là pour appuyer certaines syllabes des monologues. Tout se joue sur le silence, sur les intonations, sur les sonorités de l'anglais lui même. C'est complètement déstructuré et évident. Tout semble évoluer dans un même mouvement, les flows et l'instrue étant indissociables, copulant à chaque instant. A ranger à côté du J'ai pas sommeil de TTC, ou du monstrueux Z St. de... ah, ben Antipop Consortium justement...

Antipop ConsortiumLe disque se terminera sur une autre hallucination, Fluorescent Black. On ne pouvait pas rêver d'une meilleure conclusion pour le disque, avec sûrement l'instrue la plus aliénée de ce dernier (et accessoirement la plus longue) : pas de rythme, ou presque. Juste un lit, un océan, un gouffre de parasites et saturations qui s'entremêlent à l'infini, un truc presque indescriptible, complètement abstrait, qui ne dérange pourtant pas les 3 Mc, aussi à l'aise sur ce genre de délires que sur des écrins taillés pour Mtv.
Le retour des New Yorkais résonne comme une évidence : Antipop Consortium n'a pas perdu son aptitude première, celle de tailler des boucles jouissives, aux rythmes qui claquent et aux mélodies qui hypnotisent. Constamment sur le fil, flirtant avec des exercices vraiment flingués (les ruptures inattendues de certains morceaux, les instrues complètement dingues d'autres) et le hiphop que tu passes dans ta bagnole avec tes potes, Fluorescent Black aligne sur 17 titres de vrais diamants que l'on se repassera cent fois sans fléchir. Priest, qui a produit la moitié de l'album, s'est littéralement déchiré, et les Mc ont bouffé du lion avant d'enregistrer (en particulier M.Sayyid, impérial).
Ce Fluorescent Black s'amuse à donner des coups de talons à toute une frange du hip-hop sans même faire d'effort. Une vraie réussite, parfait équilibre entre bombes imparables et expérimentations escarpées.
Antipop Consortium - Fluorescent Black :
01. Lay Me Down
02. New Jack Exterminator
03. Reflections
04. Shine
05. C Thru U
06. Volcano
07. Timpani
08. Solution
09. Get Lite
10. NY to Tokyo (feat. Roots Manuva)
11. SuperUnfrontable
12. Born Electric
13. Apparently
14. End Game
15. Capricorn One
16. Dragonov
17. Fluorescent Black
Dat' []

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