8/10Anis - La chance...

/ Critique - écrit par juro, le 07/07/2006
Notre verdict : 8/10 - Bonne pioche (Ecrivez votre critique)

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Petite douceur francilienne au nom sudiste, Anis s'offre un premier album après être sorti du métro, la plus grande scène populaire. A la manière de tant d'artistes, de Keziah Jones à Sépia, la signature d'un busker chez une maison de disque s'annonce toujours très attendue. A l'écoute des sons de la rue, réalisant des compositions mêlant influences les plus diverses, le grand chauve évolue entre
tendresse, nostalgie jazzy et humour bien senti servi par des textes travaillés flirtant aux limites de la vie personnelle et de délires urbains, parlants et prenants. Une réussite au goût de soleil car Anis c'est un petit jaune... euh, jeune de trente balais qui marche bien. Quinze titres (et pas cinquante et un) pour La chance... Rafraîchissant.

Sa voix nasale, pincée, un peu comme celle Michel Jonasz, s'exprime à souhait sur les titres jazzy ou au tempo lent. Si le single Cergy tourne déjà en boucle en radio, Anis fait explorer de nouveaux horizons à la chanson française. Touche à tout d'un système complexe de jazz, blues, reggae, funk, soul et hip hop. Capable d'assurer un phrasé autant rapide que détendu, Anis inspire la sympathie dès les premiers accords, évoluant avec une liberté totale entre joie et mélancolie (Pensées amères). Sur un fil tel un funambule au bord du gouffre, on sent que sa voix peut déraper à tout instant. Fragile et fort à la fois, l'ancien busker délivre un album varié dans lequel les textes prennent une place déterminante, annonçant déjà un artiste de scène passant par toutes les atmosphères et explorant la réalité au quotidien (Bistro, Mon métro, Intégration).

Porté par une bourrasque emportant tout sur son passage (Avec le vent), ode à la paresse et la tolérance sur le jazzy Oisif, douceur amoureuse (Reggaeblues),
chansonnette annonçant l'arrivée de Morphée (Le sommeil), Anis s'évertue à nous embarquer dans un album où l'intensité passe autant par les textes que l'instrumentation. Un certain don pour la parodie fait même voguer Anis vers le reggae et le hip hop (J'aurais voulu être un MC) et des clins d'oeil à MC Jean Gabin notamment.
De clin en clin d'oeil, Louise et Thelma fait bien sûr référence au film culte dans une sorte de minimalisme spécialement approprié au road trip, proche d'un délire de cow-boy déjanté pinçant ses cordes tel un beau diable en mal de vivre, réclamant son paquet de chance (La preuve par 1000). Absolument magistral... à tel point qu'il ose reprendre avec succès Nobody knows you de Nina Simone (même si la reprise de Popa Chubby reste cent fois plus intense... dans un autre genre).

Anis ne s'offre ni pastiche ni pastis sur La chance... Son univers très personnel laisse place à la fantaisie, aux bons mots, aux rêveries, au soleil et aux vacances. Le disque idéal du moment pour une après-midi dans un jardin. Testé et approuvé.


Anis - La chance...

01. Avec le vent
02. Bistro
03. Mon métro
04. Cergy
05. Intégration
06. J'aurais voulu être un MC
07. Peut-être bien
08. Onde amère
09. Pensées amères
10. Louise et Thelma
11. Oisif
12. La preuve par 1000
13. Le sommeil
14. Nobody knows you
15. Reggablues

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