7/10Allien (Ellen) - Sool

/ Critique - écrit par Dat', le 25/05/2008
Notre verdict : 7/10 - Silence & Cathedrals (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 3 réactions

Sool, où le bad-trip introspectif d'Ellen Allien, album minimaliste et experimental, tranchant avec ses anciens travaux plus Techno...

On avait quitté une Ellen Allien sautillante, très club, presque rentre dedans après ces deux derniers disques Berlinette et Thrills, malgré une (sublime) incartade accompagnée de Apparat pour un Orchestra Of Bubbles de très haute volée. Ellen Allien, c'est un peu la bouille prédominante de l'électro allemande, celle que l'on avait tous sur les lèvres en parlant de cette vague débarquant de Berlin. Rapidement séchée par la Minimale, et ceci jusqu'à overdose. Car après un engouement journalistique presque aberrant, le soufflé semble être retombé aujourd'hui, permettant de fouiller dans les recoins d'une musique qui ne s'apprécie jamais aussi bien que seul face à ses démons, près à se noyer dans les abysses de rêves monochromes et faussement linéaires. En même temps, je parle de ça, mais Ellen Allien, elle, n'a jamais réellement porté ce courant aux nues. Plus tournée vers des compos qui tabassent, et tête pensante d'un label partant dans biens des directions, (sautez sur toutes les sorties de The MFA). Mais à l'heure où le Dubstep et l'électro à la française recommencent à violer l'âme de tous et chacun, Ellen Allien décide de sortir un album de Minimale, en s'octroyant les talents d'AGF, musicienne allemande experte en electronica-Idm. Bon là c'est histoire de schématiser évidemment, le son de Sool ne peut pas être catalogué si aisément. Mais pour apprécier l'allemande, il va falloir cette fois ci ranger stroboscopes épileptiques et Afters saucissonnés...

Histoires d'une gouttière dans une chambre froide

L'intro du disque fait pourtant dans le concret, avec cette plongée dans une ville, où conversations éphémères, passages de voitures et autres couples mangeant en terrasses se télescopent sur une mélodie étrange et aérienne. J'ai toujours aimé ce genre de petits moments captés aux grès de promenades sans but, mais passons, ceci n'est point le propos du disque.

Ellen Allien cherche où sont passés ses rythmes techno
Ellen cherche où sont passés ses rythmes techno

Le premier choc, qui va définir l'approche même de nos oreilles sur le reste de la galette, qui pourrait presque faire office de couperet tant certains seront allergiques au style, est cristallisé par Caress. Le titre reste pourtant l'un des moins arides du disque, frôlant même la petite perfection dans le genre je-fais-de-la-techno-dans-une-caverne-de-glace. Rythme binaire, samples bizarres, mais béatitude immédiate survenant de cette nappe fantomatique, en constante progression, vous enveloppant dans une bise électronique bien planante. Bon rien de révolutionnaire non plus, on a entendu la même chose sur le dernier Sascha Funke.

Non, les terres bien peinardes de l'electro impassible se dérobent dès les prémices de Bim, pièce expérimentale hallucinée, morceau minimaliste et désert, que l'on aurait jamais cru trouver dans un album de la Berlinette. Beats sourds, déchirures cradingues, voix spectrale, rien de plus. Bim, c'est l'art du vide, l'architecture du silence, une plongée dans les méandres malades d'un cerveau noyé dans l'alcool. Tu es dehors, dans une ruelle dégueulasse, à renifler le sang coulant de ton nez au milieu de poubelles puantes. Adossé au mur poisseux, tu profites des basses sourdes s'échappant des interstices muraux du club d'où tu viens de te faire éjecter manu militari. Malgré la migraine latente t'étouffant la gueule, les rythmes étouffés perlant du béton te chatouillent le dos avec un plaisir non feint. Alors tu fermes les yeux, et tu te laisses choir dans ce bad trip qui oscille entre plénitude absolue et torpeur asphyxiante.

Et avant de sombrer dans le coma, le flashback est de rigueur, l'esprit vagabonde sur la soirée passée, du transport chaotique en voiture à l'anonyme offrant son cul dans les toilettes de la boite, jusqu'au dancefloor pétaradant, vomissant les psychotropes par tous ses pores. Justement, Its, point d'orgue de Sool, morceau agité du disque, serait le seul capable de saillir le Dancefloor dans les règles de l'art. Mais cela sera la saillie sordide, sans capote, affalé sur un urinoir, la main peinant à s'accrocher sur une poignée maculée de gerbe. Les gens dansent au rythme de l'alcool ingéré, les clopes s'enchaînent, la transpiration devient palpable, les overdoses se muent en rituel et Its achèvera de propulser les dernières âmes errantes à peu près saines dans un univers oppressant, répétitif, frôlant le sinistre.

Sac plastique et feuilles mortes

Bien heureusement, tout n'est pas prétexte à voir sa vie défiler en crevant seul Ellen Allien²
Ellen Allien²
dans un caniveau au sein du Sool d'Ellen Allien. En témoigne le sublime et énigmatique Zauber, litanie claudicante, où un semblant de hautbois à la mélodie avec une mélodie ronde et cajolante se glisse entre des cliquetis électroniques chirurgicaux. Le titre aurait pu se glisser sans honte dans le film American Beauty. Notamment sur la scène du plastique qui vole, qui tourbillonne pendant de longue minute, avec pour objectif d'incarner la plus belle chose du monde. Zauber personnifie également ce genre de moments étranges qui ne peuvent être apprécier que muré dans une solitude absolue. Dans un état de demi-sommeil, abandonné dans une spirale de pensées mélancoliques, ressac mental vous prenant à la gorge de longue minute avant de vous abandonner comme une merde. Aux regrets peut être, à la tristesse sûrement. Cette derniere tentant de faire son trou avec Frieda, morceau aux accents pop avancé comme hommage à la grand mère d'Ellen Allien. La Berlinoise sort alors son micro, et susurre son texte sur une guitare pincée et un millefeuille de nappes synthétiques. Dommage que l'aspect trop cotonneux du tout nuise un peu à la chanson, qui est loin d'attendre les sommets pop électrisants de Orchestra Of Bubbles, ou du dernier chef d'œuvre d'Apparat. Mais cette incartade vocale sera presque vécue comme une bénédiction, surtout entre les expérimentaux et décharnés Out ou Ondu.

On frisera même l'abscons avec Sprung, qui, sans oublier de nous pilonner le cortex avec une excellence rythmique bien sourde, presque aquatique, laissera une mélodie ( ??) dérangeante s'infiltrer dans nos tympans. Tu danses, mais tu as peur. Tu claques des doigts en riant, mais tu te retournes à chaque tour de cadrant pour vérifier que personne ne te suive pour t'étrangler.

Ce disque d'Ellen Allien est dur. Pas dans sa musique en elle-même, pas dans des beats techno ici très discrets. Il est dur car extrêmement minimaliste, caverneux, dépouillé, dénudé. Ellen Allien elle même n'apparait presque plus vocalement. Dur car sans complaisance aucune dans sa direction, ne draguant pas une seconde les anciens fans de la belle, qui risquent pour la plus part de partir en courant, en poussant de grands cris hystériques, tant le changement est brutal. Imaginez que le prochain album de Metallica soit au final un duo voix / gratte acoustique et vous saisirez l'ampleur du virage. Les DJs qui viennent de s'acheter des platines toutes belles en prévoyant de faire tourner cette nouvelle livraison de l'allemande, à l'instar des précédents, risquent de tirer la tronche.

Soul-Full 

Prise de risque absolue, foutage de gueule ou continuité d'une musique de plus en plus tournée vers l'émotion et l'introspection, impossible de se prononcer, même si les derniers travaux d'Ellen et ses potes pourraient nous faire tendre vers la derniere option.

Impossible aussi de véritablement trancher sur une note pour le coup, donc presque inutile, qui fluctuera aux grés des jours et des humeurs, et qui reflétera un instantané de quelques heures seulement. Tiens, ce soir, je suis crevé, un peu cafardeux, avec Sool comme seul son brisant le silence de cette nuit bien noire. Hop "7". Demain, revigoré par un sommeil salvateur, un soleil bien présent et une envie de se balader aux grés des berges de la ville, le "4" pointera le bout du nez, énervé par un minimalisme sonore tendant presque vers l'ennui. Puis "9", lors d'un pic de neurasthénie un dimanche soir. Et "2" lors d'une virée en voiture avec des potes, qui vont exiger violemment que vous remettiez la tape d'Out One ou le dernier Midnight Juggernauts. Impossible de se prononcer donc, ni même de conseiller (ou déconseiller ce disque) sans prendre un risque inconsidéré.

Seule évidence, écouter Sool, c'est comme galoper dans une Rave après avoir avalé une tablette entière d'anti-dépresseurs.

Ellen Allien - SOOL
01. Einsteigen
02. Caress
03. Bim
04. Sprung
05. Elphine
06. Zauber
07. Its
08. Ondu
09. Frieda
10. MM
11. Out

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