Aldebert - Interview

/ Interview - écrit par Emeric, le 10/03/2003

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Aldebert nous propose des chansons "à texte", humoristiques et légères qui s'écoutent naturellement du matin au soir !
En effet, plutôt entraînant et festif, l'esprit youp-la-boum nous envahit rapidement et on se laisse agréablement porter par les sonorités variées et originales avec notamment l'accordéon de Christophe qui nous rappelle dès les premières notes les excellents Blankass, puis viennent s'ajouter violons et saxophone. Mais l'instrument maître reste la guitare que maîtrise le maître Guillaume, résultat : rythmes endiablés ou parfois plus tranquilles, jamais violents et encore moins endormants. C'est donc avec humour et justesse qu'il nous décrit un univers connu de tous : la journée au boulot, le mariage, les retour de soirées... C'est un univers où priment la vérité et surtout la réalité : au moins une de ses chansons vous rappellera un moment de votre vie.
Ces événements de la vie, si banals, contés par Aldebert, prennent alors une toute autre dimension.

C'est dans son appartement, à Besançon, que nous avons rencontré Guillaume Alderbert pour lui poser quelques questions à l'approche de la sortie de son second album Sur place ou à emporter.

Krinein : Comment se sont passés tes premiers pas dans la musique ?
Guillaume Aldebert : J'ai commencé avec le groupe du lycée traditionnel, Power Slave, très influencé Iron Maiden, la grande époque métal, ensuite il y a eu Killing Potatoes, plus punk rigolo, ou bien encore Over d'Oz et deux trois autres que j 'ai oubliés. Tout cela se passait pendant les années lycées avec la bande de potes. Puis j'ai fait partie du groupe White pendant 7 ans, groupe de rock métal, en tant que guitariste et compositeur avec les choeurs. C'était donc les classes avec les vrais débuts sur scène puisque le groupe tournait sur la région. Mais je ne voulais pas m'affirmer comme chanteur, j'avais peur de ça, par timidité, je me suis dis non je ne suis pas chanteur c'est même pas la peine d'y penser, je voulais être guitariste, basta.
Mais en parallèle, j'écrivais des chansons qui figurent d'ailleurs sur le premier album, que j'avais enregistrées sur un 4 pistes pour moi, afin de faire une maquette perso que je ferais passer pour la famille et les amis. Là encore, c'était une question d'assurance, je n'osais pas. Puis j'ai rencontré l'accordéoniste Christophe qui fait maintenant partie de l'équipe chez qui on a enregistré et maquetté tout ça et petit à petit on est venu à greffer des musiciens, tout cela dans un esprit très potache au départ, uniquement en dilettante, en loisir. Finalement la maquette a pris forme avec plusieurs mois et nuits passés à travailler.
Puis Jérome, un copain qui venait souvent et qui est aujourd'hui manager et attaché de production, s'est greffé à l'histoire en disant je vais vous manager, on va faire tourner ça sur scène.
On a donc commencé par les bars puis les petites salles de façon régionale au début et ensuite on a étendu. L'album est distribué en 2000 chez musisoft. Voilà, tout est parti de là et on a fait plus de 150 dates en développant les chansons par la scène car on n'avait pas de single radio évident. Moi, je me considère plus comme un artisan chansonnier que comme un chanteur de variété. Je préfère aller à la rencontre des gens sur la scène et c'est comme cela que j'envisage ma carrière.

Krinein : Et comment es-tu passé des études, dans la photographie, à la musique ?
J'étais toujours dans le groupe de métal puis j'ai arrêté pour faire l'armée et ensuite j'ai fait des petits boulots et c'est pendant cette période que j'ai commencé à écrire mes chansons. Donc en gros, quelques essais à la fac, aux beaux arts, un trimestre au plus !
Mais pour la musique c'était un peu pareil, j'en avais marre de faire du métal, je voulais revenir à des chansons que j'écoutais quand j'était vraiment plus jeune, par lesquelles j'étais bercé par mes parents qui ont toujours été très chansons françaises.
C'était un peu fouilli, et c'est parti comme ça.

Krinein : En fait, cette voie n'était pas tracée d'avance...
C'est ça, mais ce qui m'a confirmé dans la direction est le fait qu'à chaque concert, il y ait une réaction très positive du public et c'est d'ailleurs pour cela que je veux continuer. A chaque concert, les gens ont le sourire et je vois bien qu'ils ont reçu un "truc" qui leur a fait plaisir. C'est sur cela que je me base.

Krinein : Actuellement tu te consacres à 100% à la musique ?
Je finis mon contrat emploi jeune qui me laisse quand même beaucoup de temps, notamment pour mes concerts qui font partie de ma formation. Je me suis donc arrangé avec le rectorat pour passer la formation intermittent du spectacle ! Il y a la moitié du groupe qui l'est et on espère professionnaliser l'ensemble si le statut perdure.

Krinein : Comment as-tu rencontré l'ensemble des musiciens (14 au total) ?
Sur scène, on est 5, c'est l'équipe fixe avec le noyau dur : Christophe, Jérôme et moi et ensuite on a "embauché" d'autres musiciens qui tournent depuis le début. Les autres musiciens sont des invités, et je trouve intéressant d'inviter un maximum de musiciens, cela permet la diversité, de créer des ambiances différentes.

Krinein : Et à propos de l'écriture ?
En général, je chante ma chanson en boucle avec une mélodie mais les arrangements se font avec les autres et plus spécialement Christophe ou le bassiste Stéphane. Les décisions sont prises en commun.

Krinein : Ton avenir à long terme ?
Je souhaite pouvoir vivre de ma musique et d'en faire mon métier, mais ça semble mal parti vu que l'actuel gouvernement veut supprimer le statut, j'arrive au mauvais moment. On souhaite pouvoir professionnaliser tout le groupe si le gouvernement ne sucre pas le statut, c'est dommage car cela risque de tuer tous les petits spectacles. La droite n'a pas forcément un programme qui privilégie la culture... enfin bref, on ne va pas partir sur le sujet.

Krinein : Est-ce qu'en choisissant de faire des chansons à textes, on ne se risque pas à un second rôle de la scène française ?
Ah ! Non non, je fais ce que j'ai envie de faire, bien que j'ai fait du métal, j'ai toujours écrit des chansons mais je n'osais pas les exposer. Chaque style musical a sa propre image, pour certains les chansons à textes ont une image intello, super chiante. Mais moi je m'en fous complètement puisque j'aime ça, après, ça plaît ou non. En tout cas, c'est dans cette voie que je m'épanouis et je pense avoir un public.

Krinein : Cependant depuis quelque temps, on assiste à un engouement du public pour ces groupes, il y a une véritable attente pour des groupes comme Sanseverino, Bénabar, Mickey 3D, Renaud Papillon, Carla Bruni. Est-ce que tu as l'impression de profiter de cette nouvelle vague ?
C'est marrant car certaines de mes chansons ont 4 / 5 ans, et à cette époque-là, j'écoutais Bénabar (quand il était avec les Associés) et c'était le disque qui passait en boucle chez moi alors que personne ne connaissait. En fait j'ai découvert par hasard Bénabar chez mon disquaire, j'étais là pour lui faire écouter ma maquette et il me dit "c'est marrant il y a un truc qui ressemble un peu à ce que tu fais", au niveau de l'écriture et de la couleur. Mais bon, ce n'étais pas calculé mais de toute manière, on est forcément influencé par les modes.
D'ailleurs, les révélations de la musique de cette année, j'étais aux anges ! J'ai halluciné de voir Sanseverino, Bénabar, des gens que je connais un peu... c'est en fait une année hyper chanson et c'est tant mieux.
Mais là aussi, il y encore des cases et des styles, il y a également un courant intellectualiste dans la chanson et moi, je fais une barrière entre Bénabar, Sanseverino et Papillon Paravel ou Mickey 3D où il y a un truc moins accessible, moins populaire, ils ont une couleur très personnelle, glauque même. Je préfère traiter des sujets un peu graves avec l'humour.

Krinein : tu connais bien ces groupes ?
Bénabar, oui, j'ai fait les francofolies avec lui, il y a deux ans et ça s'est très bien passé. Je n'ai pas joué avec Sanseverino mais je l'ai vu deux fois en concert et on a pu discuter, il a bien aimé mon disque, j'étais flatté ! Quand je suis allé voir Sanseverino, j'avais l'impression d'assister à un spectacle de jazz, un spectacle d'humour et un spectacle de chansons, il y avait tout. Entre les chansons, c'est carrément des minis sketches, il y a du rythme, musicalement il assure, ses musiciens, c'est une tuerie.
En tout cas je revendique ces influences et je les écoute toujours.

Krinein : on sent une ambiance plus jazzy sur ton second album ?
Peut-être ouais, le premier était plus festif et je voulais me débarasser de cette étiquette parce que ça peut avoir un côté chiant, on est vite prisonnier. Je voulais axer beaucoup plus chanson.

Krinein : Qu'écoutes-tu actuellement ?
Toujours de la chanson française, musique du monde et aussi du métal. J'ai découvert System of a Down et ça m'a mis sur le cul, j'ai trouvé ça monstrueux ; il y a aussi Mass Hystéria qui me rappelle Faith No More. Ces deux styles de musique dégagent la même énergie, ce sont tous deux des styles très forts !

Krinein : En concert, on a tout de suite envie de bouger contrairement à certains groupes dont on assiste au concert pour écouter les chansons...
D'ailleurs le titre Sur place où à emporter laisse l'alternative. Sur place, c'est le côté studio, très chanson, très calme et le côté emporté sur scène, très rock-n roll ; je n'ai pas envie que les gens viennent "écouter" l'album sur scène. J'aime bien surprendre le public sur scène en arrangeant différemment les chansons en apportant un effet rock, sur scène, il faut que ça soit vivant, il faut que ça pète !

Krinein : A propos des textes, l'inspiration vient-elle "toute seule" ?
Je vais te faire la réponse un peu chiante mais c'est ça : la vie de tous les jours. En général, je pars d'une idée, d'un thème. Ensuite je note tout en vrac sur une feuille puis ça se fait en plusieurs étapes et c'est plus ou moins long. j'ai souvent plusieurs chantiers en plan. L'écriture des textes est spontannée.

Krinein : Quels sont les groupes que tu aimes ?
Les bases : les trois B : Barbara, Brel, Brassens avec Renaud, Leforestier. Les grands bonhommes ! Pour les groupes plus actuels Bénabar, Sanseverino, Thomas Fersen, M, La Tordue, Tété, Noir désir, Linda Lemay... Et aussi des chanteurs comme Bourvil.

Krinein : L'avenir proche ?
On va s'attarder sur la promo du deuxième album avec une tournée qui se prépare et des dates jusqu'en Septembre.
Je fais aussi la première partie de Tom Novembre. Et puis les traditionnelles petites salles.

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